A l’heure où j’écris, la situation de l’UMP apparaît extrêmement difficile. Je ne sais pas si l’UMP va disparaître, dans sa forme actuelle tout du moins, mais si c’était le cas, je ne serai pas de ceux qui verseront des larmes de crocodile sur un parti mal-né, qui n’a jamais joué son rôle, mais qui a surtout été une fiction dans notre système institutionnel. Un parti à l’opposé de la conception que l’on peut avoir, d’un mouvement ouvert, démocratique, permettant une participation citoyenne et favorisant le débat autour d’un socle politique fort et clair.
D’après notre constitution, « les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie ». L’UMP n’a jamais pleinement joué ce rôle. Tout au long de son histoire, ce n’est pas le parti qui a fait vivre le débat d’idée, qui a construit des majorités d’idées, qui a impulsé les mouvements qui font vivre notre démocratie.
En 2002, l’union en mouvement, préfiguration de l’UMP n’est qu’une machine électorale chiraquienne destinée à absorber les centristes, à essorer Bayrou et Madelin.
Loin de toute construction de programme, de projet ou d’idée, l’UEM n’est qu’un outil de pré-campagne avant la campagne service minimum sur l’insécurité de Jacques Chirac.
Le 21 avril change la donne. Après sa défaite, la gauche appelle à voter un Chirac qui obtient pourtant le plus bas score jamais obtenu par un président sortant. Le rassemblement républicain, transforme les 19% de Chirac en 82% au second tour et les législatives achèvent cette séquence en donnant une large majorité à l’UMP dans un contexte de forte abstention. L’UMP, parti quasi-unique de la majorité, apparaît alors comme un avantage stratégique immense face à une gauche divisée.
Chirac choisit alors d’opérer un hold-up droitier sur cette union républicaine en faisant de son nouveau parti et de ses 19% l’unique horizon politique alors que les circonstances de son élection auraient pu laisser imaginer une politique plus ouverte.
L’UMP devient alors pendant quelques années le parti-fiction d’une ultra-majorité présidentielle ne correspondant pas à la réalité du rapport de force politique du pays. Elle rassemble en apparence plusieurs familles de la droite, mais sans qu’un corpus idéologique constituant une synthèse réelle de ces différentes sensibilités ne s’installe.
C’est une machine puissante, aux financements larges et dotées de troupes parlementaires élues sur des circonstances politiques difficilement reproductibles. Dès lors, les parlementaires, craignant de ne pas pouvoir être réélus, deviendront les principales cibles de l’énergique campagne médiatique de Nicolas Sarkozy qui veut préparer son ascension présidentielle. Le vote des adhérents de 2004 en sa faveur ne doit tromper personne : dans son discours du Bourget, c’est aux parlementaires qu’il réserve le plus long remerciement.
Loin de vouloir clarifier les questions idéologiques, ou de positionnement entre des familles politiques, Nicolas Sarkozy, devenu président, ne lève pas l’ambiguïté. Dans un gloubi-boulga programmatique, il amalgame, surtout soucieux de coups et de visibilité médiatique, et construit une machine de guerre marketing. Tout en engageant un mouvement de droitisation du mouvement.
Alors que des « mouvements » sont prévus dans les statuts, ils ne se mettent toujours pas en place, ce qui permet de constituer un parti médiatiquement « propre », mais qui ne soude pas durablement les rapports de force en son sein. En effet, la pratique de la proportionnelle et de la juste représentation démocratique des sensibilités dans un parti est la meilleure façon de souder des sensibilités différentes, chacun étant sur de ne pas être spolié.
La droitisation initiée sous Sarkozy n’est jamais tranchée démocratiquement en interne, mais par les seuls rapports de force médiatique. Michèle Alliot-Marie renonce d’ailleurs à concourir dans un vote interne en 2007 pour la désignation du candidat à la présidentielle, écrasée médiatiquement, et sans doute aussi dubitative face aux conditions de réalisation d’un vote électronique probablement arrangé qui mènera la campagne présidentielle aussi seul dans la décision que durant sa présidence de l’UMP.
L’absence de débat interne a alors connu son apogée. On a assisté pendant 5 ans à un concours de léchage de botte inégalé, dont Nadine Morano et Benjamin Lancar, enchaînant ad nauseam propos droitiers et caricaturaux et récitation de fiches bristol d’éléments de langage.
Pendant ce temps, le grand écart politique continuait. Nicolas Sarkozy enchaînait les œillades à l’extrême-droite et les gaullistes historiques ou certains centristes regardaient leurs pieds.
L’affaiblissement du PS et les chocs du Congrès de Reims ont renforcé pour l’UMP l’illusion du parti en béton armé. Personne n’analysait des différences entre des courants qui n’existaient pas et des rapports de force qui n’étaient jamais comptés ou mesurés. Le débat sur l’identité nationale, les Auvergnats d’Hortefeux, les « dérapages » de plus en plus nombreux, le discours de Grenoble et toute la stratégie Buisson n’ont jamais été débattus.
Les élections locales, remportées une à une par le PS, ont commencé à montrer la fragilité du dispositif. A droite, un électorat modéré décrochait, et l’électorat populaire de la droite, qui a toujours minoritairement existé, désertait.
Le grand changement d’avantage stratégique eu lieu avec les primaires au PS. Venues du parti, de son débat interne, tirant les leçons de ses difficultés, elles ont donnée une force politique puissante au candidat et au parti et ont permis de faire de la pesée de rapports de force entre personnes mais portant aussi idées et tendances, un moment de débat dynamique, ouvert et créateur de légitimité. Face à cela, face à des investitures paritaires aux législatives, le bonapartisme mâle et sans démocratie interne de l’UMP fut considérablement ringardisé.
La victoire de François Hollande a eu lieu alors que le mouvement de droitisation de l’UMP s’est encore approfondi lors de l’élection présidentielle.
Le scrutin passé, la fracture entre les droites qui se dessinait à l’UMP s’est rapidement amplifiée. Privée de la seule légitimité présidentielle qui l’avait fait naître, passée la gestion de carrière de Nicolas Sarkozy qui l’avait perpétuée, l’UMP, n’ayant jamais pratiqué la démocratie interne s’est trouvée dans l’incapacité de faire face à ses divisions.
Le parti unique de la droite ne l’était d’ailleurs plus : le nouveau centre, puis l’UDI avaient montré que la justification institutionnelle de l’existence de l’UMP n’était pas réelle.
Nous voyons aujourd’hui que la crise de l’UMP atteint un point où il est désormais question de schisme et de scission. Il n’existe sans doute pas la place pour un nombre illimité de partis à droite. Mais, ce qui n’est pas réjouissant, on voit qu’ailleurs en Europe, d’autres schémas de structuration existent, avec un parti de droite populiste allié à l’extrême-droite et un pôle de centre-droit européen.
Sommes-nous à la veille de la construction de ce type d’organisation en France ? Il est trop tôt pour le dire. Le schéma institutionnel ne le favorise pas, mais on sent bien que quelque chose sonne faux dans les déclarations classiques qu’on entend dans la bouche des responsables de la droite, le fameux « ce qui nous rassemble est bien plus fort que ce qui nous divise ».
L’ « UMP-Copé», apparaît comme la perpétuation populiste et extrémisante d’une tradition de droite bonapartiste. Elle peut sans doute continuer à vivre avec une certaine force, mais sa ligne politique et son mode de fonctionnement ne pourront sans doute pas correspondre à la volonté d’une partie des militants et des responsables de la droite. Elle ne peut en tout cas plus prétendre être le grand parti du rassemblement à droite, qui n’aura sans doute été qu’une fiction de dix ans.
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