Prendre le temps de vous répondre.


Chers amis, chers camarades.

Ces dernières semaines ont été particulièrement éprouvantes. Elles interviennent après une année et demie difficile au sein de l’exécutif municipal de Saint-Nazaire. 

Comme vous le savez probablement, j’ai choisi de démissionner (consultez ici ma lettre), avec deux autres adjointes socialistes, Gaëlle Bénizé Thual et Régine le bail.  Ce choix politique a été un déchirement tant nous étions fières d’être au service des Nazairiens et des projets menés pour notre ville.

Je sais que vous êtes nombreux à vous interroger sur ce qui s’est passé ces derniers mois au sein de l’équipe municipale. J’ai choisi de prendre le temps de vous répondre, en toute transparence.  

Ayant été sous le coup d’une procédure liée à une plainte en diffamation, parce qu’avec d’autres, j’avais alerté le maire sur des situations de violences sexuelles et sexistes à Saint-Nazaire, je n’étais pas en situation de pouvoir pleinement m’exprimer plus tôt.

La campagne de dénigrement et de mensonges à mon égard comme à celle de mes collègues a été d’une violence inouïe. C’est  tristement classique dans ce genre d’affaire : comme à Villeneuve d’Ascq, où le maire, accusé de viol par une employée communal dénonce un “complot politique”.  

Comme dans toutes les affaires où la libération de la parole des femmes met en jeu des intérêts, on cherche à faire naître des doutes sur des points de détails ou par des formulations habiles pour discréditer l’ensemble de leurs propos tout en se drapant dans de grands principes, qu’on se garde bien d’appliquer à soi-même. 

Vous pardonnerez par avance la longueur et la précision parfois un peu fastidieuse de cette réponse, mais, ma sincérité ayant été mise en cause, je me dois de vous donner les éléments vous permettant d’apprécier les faits et répondre à certaines questions que j’ai entendues.

De quoi parle-t-on ?

Le 27 avril 2018, avec trois autres adjointes, nous avons parlé au maire : “Tu imagines la difficulté qui est la nôtre de travailler au quotidien dans ces conditions. C’est parce que nous te faisons confiance dans les responsabilités qui sont les tiennes que nous avons souhaité t’en parler. Nous souhaitions vivement t’informer de ce que nous savons et nous serons très attentives à ce que ce type de comportement inacceptable ne se renouvelle pas. L’ensemble des comportements sexistes ordinaires de la Ville pose question et nous devons travailler pour y remédier”.

Nous l’avons alerté sur trois sujets

  • Les faits évoqués par une de nos collègues et impliquant un adjoint de l’équipe.
  • D’autres inquiétudes, sur la situation d’employées municipales notamment.
  • Un climat général sexiste au sein de l’équipe municipale

Oui, nous avons subi le sexisme et un environnement sexualisant. Nous avons été plusieurs à l’évoquer dans différents cadres à diverses reprises :

  • Rencontre avec le maire du 27 avril 2018
  • Déjeuner du 4 juillet 2018,
  • Réunions des femmes du groupe majoritaire, 
  • Groupe majoritaire de décembre 2018 consacré à l’égalité femmes-hommes en présence de Réjane Sénac et de la directrice du CIDFF (centre d’information sur les droits des femmes), où plusieurs adjointes prennent la parole à cet effet.

Oui, nous avons entendu de façon répétée, de la bouche de membres de l’exécutif municipal, des anecdotes et des propos sexualisant les femmes, qui les feraient rougir de honte s’ils étaient répétés publiquement.  Nous avons vu des regards et entendu des commentaires déplacés sur des collaboratrices. J’ai dit à plusieurs reprises que ces propos n’étaient pas acceptables, sans qu’ils ne cessent pour autant.

Oui le CIDFF est venu me rencontrer dès juillet 2018 et m’a alerté sur des comportements inadaptés. J’ai relayé ces alertes au maire et à son cabinet. Le CIDFF, convoqué dans les premiers arguments de défense du maire pour dire qu’il n’y avait pas de cas à la Mairie de Saint-Nazaire, a d’ailleurs publiquement réfuté ces allégations. 

Oui, nous avons d’autres inquiétudes sur ces sujets. Parce que nous avons entendu plusieurs paroles de femmes sur des cas et des circonstances variées. Parce que nous savons que d’autres cas de violence sexistes ou de comportement inacceptables vis à vis des femmes pourraient exister. 

Depuis quelques semaines, plusieurs femmes nous ont contactées et nous ont transmis des éléments ou des témoignages qui renforcent totalement nos convictions sur les trois points soulevés dès le 27 avril 2018 lors de notre rencontre avec le maire. 

Concernant plus précisément la situation de Martin Arnout je veux rappeler ici deux éléments : 

Est-ce que tout ce qui devait être fait à la mairie de Saint-Nazaire l’a été ?

Lors de la rencontre du 27 avril 2018 nous disions au maire : “ Nous considérons que ce n’est pas parce que, en l’état du droit, des pratiques de la justice et de la police, ces faits ne feront pas nécessairement l’objet d’une sanction pénale qu’ils sont pour autant acceptables dans une collectivité quelle qu’elle soit, et plus encore au sein d’une majorité progressiste engagée pour les droits des femmes (…) Nous souhaitons que tu prennes cette alerte au sérieux, nous souhaitons que les femmes dont nous t’avons parlées soient protégées et non pas exposées après notre rencontre, nous souhaitons que leur parole soit crédibilisée. C’est d’autant plus important qu’elles ont pu manifester de la peur face à la situation”. 

Le 4 juillet 2018, Gaëlle Betlamini rencontre le maire et son directeur de cabinet, où elle prononce devant nous six les mots de “rapport non consenti”.

Que s’est-il passé ensuite ? 

Hélas, les actes posés par le maire ne me paraissent ni pouvoir qualifier un “lanceur d’alerte”, ni correspondre à un rôle de soutien et d’accompagnement attendu.

Une première manière de montrer sa bienveillance aurait pu être de reconnaître la campagne de décrédibilisation dont celle-ci a été victime au sein de la mairie avant qu’elle ne se confie à lui et dont, avec plusieurs adjointes, j’ai pu être témoin.

Accompagner une personne qui dénonce de tels faits, c’est à mon sens ce que nous élues avons fait : non pas l’exhorter à déposer plainte, mais l’écouter et l’entendre.

Ecouter et entendre par exemple qu’elle puisse ne plus pouvoir se trouver en présence de celui qu’elle met en cause, notamment lors des réunions de groupes socialistes et majoritaires. 

Admettre aussi, peut-être, qu’une aide extérieure puisse lui être utile : le directeur du cabinet indiquait dans un message que “le maire s’est entouré dès le départ des conseils d’une avocate investie dans les droits des femmes pour identifier les moyens à sa disposition” – une telle aide n’eût-elle pas pu être proposée à la première concernée ?

Nous, élues concernées, nous nous sommes senties bien seules dans le soutien que nous lui avons apporté. Non, ce n’est pas le “directeur de cabinet et le maire” qui ont “orienté” et soutenu la victime présumée, mais bien les quatre élues qui l’ont accompagnées pendant plus d’une année humainement éprouvante pour nous toutes.

Quelques jours après que nous ayons alerté le maire, Martin Arnout connaissait tous nos noms et la nature des faits évoqués.  Si le maire n’a pas informé (lui-même ?) Martin Arnout des noms des élues venues alerter le maire, on peut se demander comment ce dernier a pu les connaître immédiatement. 

Depuis que le maire a été alerté, nous avons pu constater des marques de soutien du maire à cet adjoint : 

  • Par sa mise en valeur répétée dans des événements publics où le président de la Sonadev qu’il est, ne parlait pas automatiquement en amont. 
  • En le soutenant sur les réseaux sociaux ces derniers mois alors qu’il avait cessé de le faire auprès d’élues l’ayant alerté. La consultation des “j’aime” de ces derniers mois du compte officiel du maire sur Twitter est édifiante de ce point de vue. En un an, il a cessé totalement de “liker” les contenus des adjointes l’ayant alertées. Il s’est mis à liker massivement (plus de 25 reprises) les contenus publiés par Martin Arnout, ce qu’il ne faisait pas auparavant.

Pendant plus d’une année, avec d’autres, j’ai pu constater ma marginalisation et mon invisibilisation progressive : Les annonces dans la presse sur des sujets me concernant, des rencontres avec des partenaires sur des dossiers que je pilotais sans que je sois conviée, des désaveux et des humiliations devant les services, des réorganisations du cadre de l’exercice de mes responsabilités d’adjointe sans discussion préalable. Cette mise à l’écart a aussi été vécue par les autres adjointes concernées. 

À la suite d’une demande que je lui ai faite par téléphone le 14 mai 2019, le maire a expressément refusé de m’apporter son soutien alors que j’étais attaquée en justice par Martin Arnout pour diffamation.

Chacun saura comprendre le sens du refus par une partie de la majorité municipale de voter la protection fonctionnelle, qui aurait permis, comme la loi le prévoit dans le cadre d’une affaire où j’étais mise en cause pour des propos liés à mon mandat, que les frais de justice soient pris en charge. 

Dans un mail du 15 Juin 2019, envoyé aux membres du conseil municipal, le directeur de cabinet tente de lister les actions engagées. Je ne suis toujours pas convaincue, à le lire, que tout ce qui pouvait être fait dans la collectivité l’a été, bien au contraire. 

Demander au DGS si d’autres situations existent n’est en rien comparable avec l’ouverture d’une enquête interne sérieuse, impartiale et objective confiée à un tiers de confiance sur ces sujets. Cette enquête indépendante n’est d’ailleurs toujours pas lancée, comme la loi y invite les employeurs, et ce malgré nos sollicitations répétées.

D’où vient la “procédure-baillon” en diffamation ?

Le 13 mai 2019, Martin Arnout annonce avoir déposé plainte contre moi pour diffamation. Dans un mail envoyé aux élus municipaux le 15 juin 2019 et publié dans la foulée sur les réseaux sociauxce qui témoigne d’une vision assez baroque du rôle d’un directeur de cabinet, Guillaume Saupin a mis en cause un certain nombre d’élus sur les responsabilités qui étaient les leurs sur de nombreux sujets dont celui-ci. 

Il essaie d’y jouer sur les mots concernant les modalités de convocation des réunions des adjoints socialistes pour tenter de dédouaner le maire de la responsabilité de son organisation. Que ce type de réunion soit habituel et programmé ne change rien : la réunion du 6 mai 2019, qui m’a valu cette plainte pour diffamation, a bien été convoquée par le maire, dans un mail du 26 décembre 2018, établissant le planning de ces rencontres. 

Oui, c’est bien le maire en personne qui a évoqué le sujet en premier, dans une réunion qu’il a organisée.  Ce sont deux autres adjoints, Jean-Jacques Lumeau et Christophe Cotta qui ont cité les noms de Martin Arnout et Gaëlle Betlamini et enjoint Gaelle Benize et Céline Girard à intervenir à leur tour.

Oui , Martin Arnout a déposé plainte contre moi après avoir reçu le mail l’invitant à le faire que M. Saupin indique lui-même avoir rédigé à l’issu de cette réunion.

Lorsque j’ai été entendu par le capitaine de gendarmerie, celui-ci a évoqué, en présence de mon avocate, l’existence d’un verbatim de la réunion émanant du cabinet du maire dont nous avons pu constater qu’il avait été communiqué à la procédure.

Mon avocate effectuant une demande au parquet afin de récupérer l’ensemble du dossier, je posséderai l’ensemble des éléments constitutifs de cette plainte ainsi que le contenu de l’enquête.

Tout ça est un complot politique pour les prochaines municipales …

Nous avons cherché à tirer la sonnette d’alarme sans succès pendant des mois dans des cadres restreints. Nous ne nous sommes pas répandues sur cette situation. Les personnes à qui nous en avons parlé pour prendre conseil sont peu nombreuses. J’ai sollicité Philippe Grosvalet en décembre 2018 et en février 2019. Il m’a dit ne rien pouvoir faire.  Nous avons accepté les propositions de médiations proposées par Éric Provost sans que rien ne se passe.  

La réalité, c’est que cette histoire de “complot politique” a été diffusée pour tenter de discréditer notre parole. Cette rumeur est absolument infondée.  Je le dis de la façon la plus nette : Je n’ai jamais eu d’autre intention que de servir les Nazairiens, d’être loyale à notre équipe. J’ai expliqué précisément sur France 3 lors de l’annonce de ma démission  que je n’avais en aucun cas l’ambition de conduire une liste contre le maire.

J’ai par ailleurs exercé un droit de réponse auprès de Presse Océan, qui a écrit un article à charge sur ce thème, au prix de propos tronqués (comme sur l’affaire DSK) et de contorsions avec la vérité des faits. À cette heure, ce droit de réponse n’est toujours pas publié. 

Je n’avais jamais envisagé de rester élue toute ma vie. J’ai d’ailleurs repris une activité professionnelle à temps très partiel dès 2018.  La vérité, c’est que j’ai toujours voulu être libre de mes choix politiques et qu’ils ne soient jamais guidés par des raisons de dépendance économique. 

Contrairement à ce qui a été relayé, David Samzun ne m’a jamais indiqué que j’allais être écartée. Je le conteste absolument.

Avant tous les épisodes de l’année écoulée, c’est moi qui ai indiqué au maire et à son cabinet que je n’étais pas sûre de vouloir repartir aux prochaines municipales, et que, si c’était le cas, ce serait pour des fonctions moins prenantes et moins exposées. Le maire et son cabinet ont d’ailleurs été régulièrement informés des démarches de reconversion professionnelle que j’ai engagées. 

David Samzun m’a indiqué précisément, explicitement et à deux reprises les 13 mars et 14 mai dernier, dans un entretien et dans une conversation téléphonique, la seule raison pour laquelle j’avais, je le cite, “perdu sa confiance” et pour laquelle la “rupture était consommée” : c’est le fait d’avoir formalisé par écrit la situation sur laquelle nous l’avions alerté, dans un mail à la rentrée 2018.  

Avec les membres socialistes du collectif, nous avons saisi par courrier Olivier Faure, qui a décidé l’envoi d’une mission. Contrairement à ce que j’ai lu, il n’a jamais été question des investitures dans nos échanges. Nous avons décidé de rendre public ce courrier, face aux mensonges à ce sujet. 

En revanche, le maire et le secrétaire de section ont cherché à délégitimer cette mission et ont refusé de la recevoir.  Si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes : pourquoi ont-ils refusé de s’expliquer devant la mission envoyée par le PS ?  Pourquoi se sont-ils plaints dans la presse de ne pas avoir été écoutés alors qu’ils ont refusé d’y participer ? Pourquoi les représentants nazairiens de la section ont-ils menti devant les instances fédérales du PS en affirmant que Laurence Rossignol avait été signataire de la tribune de soutien aux élues du collectif alors que ce n’était pas le cas ?

Certains éléments d’explications auraient pourtant pu être intéressants. Je constate que ces responsables ont préféré dénigrer notre parti devant la presse plutôt que de s’expliquer dans les cadres fixés par ses instances.

Ceux qui sont prompts à exiger des explications ou une présence vis-à-vis d’élues mises en causes, attaquées en justice, dans la presse, pour avoir juste fait leur devoir manquent parfois d’exigences plus fondamentales concernant la vie de la section. 

J’aurais aimé que les responsables de la section expliquent comment et pourquoi, dans un contexte de pressions et d’intimidations, ils ont choisi d’organiser un pseudo vote à main levée, en dehors des règles statutaires du parti, avec prise de photo des personnes présentes dont des agents municipaux, publiée sur les réseaux sociaux par un collaborateur du maire.

Qui est responsable ? Qui assume ? Qui respecte vraiment les militants ?

Céline Girard ne partage pas vos inquiétudes sur la façon dont l’affaire a été gérée…

Avec Céline Girard, nous avons beaucoup partagé une année durant : 

Notre souci d’accompagner au mieux notre collègue, nos craintes pour d’autres femmes, nos expériences “sexistes” au sein de cette équipe, notre sentiment d’oppression et de marginalisation depuis que nous avions parlé…

Les traces de ces échanges sont très nombreuses. Pendant un an nous nous sommes serré les coudes, nous avons essayé d’être attentives les unes aux autres, nous nous sommes beaucoup vues, avons échangé des tas de lectures sur ces questions …  Nous savions que nous n’avions pas toutes les mêmes attentes politiques, nous nous étions promis de ne pas nous juger dans nos choix respectifs … C’est cette solidarité, cette sororité que je pensais sans faille, qui m’a permis de tenir. 

Sans être exhaustive, j’ai quelques exemples en tête de son implication et de ses positions. 

  • Le 9 septembre 2018, pour donner suite au mail que j’avais adressé au maire en notre nom à nous cinq pour connaître les dispositions qu’il avait prises, Céline me fait part de ces échanges avec le premier édile de la ville : “ il est super énervé après nous” “ il n’apprécie tout simplement « pas la pression qu’on lui met ».  
  • En septembre 2018, elle nous a affirmé que nous aurions le soutien de Xavier Perrin, qu’elle avait alerté. 
  • Le 5 décembre 2018, lors du groupe majoritaire consacré à l’égalité, elle a pris la parole avec vigueur pour dénoncer le climat sexiste et sexualisant.  
  • En avril dernier, elle nous a relaté ses échanges avec le directeur adjoint du cabinet qui d’après elle envisageait de pratiquer la “terre brûlée”, “de tout raser pour tout reconstruire” allant jusqu’à dire qu’elle avait peur pour sa place sur la liste…

Je ne peux pas accepter aujourd’hui ses propos outranciers et caricaturaux sur le “féminisme populiste”.  Ils disqualifient sa démarche, en reprenant les mots habituels des adversaires des droits des femmes dès qu’il s’agit de passer des grands principes à la réalité de situations où il s’agit d’agir face à des violences.  Yvette Roudy, Nicole Pery, Pascale Boistard, trois ministres socialistes des droits des femmes qui menèrent dans le passé de nombreux  combats et qui nous soutiennent aujourd’hui sont elles des “féministes populistes” ?

Quelle cohérence trouver dans un propos qui dénonce dans le même texte la procédure en diffamation, tout en affirmant que rien n’entretient la loi du silence à Saint-Nazaire ? Qu’aucun climat sexiste n’existe, tout en expliquant à quel point il est encore difficile pour des femmes d’exercer aujourd’hui un mandat politique ? 

Quelle maladresse enfin d’opposer le pseudo approche “émotionnelle” des féministes renvoyant les combats pour les droits des femmes au champ hélas habituel de l’hystérie, reprenant les arguments les plus éculés des réactionnaires sur le sujet…

Pour ma part, je me retrouve pleinement dans les propos de Sandrine Rousseau, avant je me sentais féministe aujourd’hui je suis féministe dans ma chair je me sens pleinement appartenir à cette communauté de femmes, “une communauté de douleurs, une communauté de combats.” 

Pourquoi avez-vous rendu l’affaire publique ?

C’est parce qu’un article de presse, dont nous n’étions pas à l’initiative, et dans lequel David Samzun et Martin Arnout avaient déjà choisis de s’exprimer était sur le point de sortir, que nous avons choisi de publier le texte “#ilsnenousferontpastaire”. Contrairement à ce que certains veulent faire croire ce n’est pas nous qui avons déclenché cette mécanique

Je suis d’ailleurs stupéfaite qu’il puisse être affirmé dans ces conditions qu’il existe une “campagne de communication politique orchestrée à coups de réseaux sociaux”. Personne n’a expliqué de notre côté que les réseaux sociaux étaient les “tribunaux” devant lesquels les choses avaient vocation à se régler.  Je ne comprends pas non plus la différence de traitement entre les arguments et éléments que nous avons partagé et ceux qui ont été diffusés par d’autres. Certains hashtags sont-ils plus vertueux que les autres ?

Pendant plus d’un an, jamais je ne me suis exprimée autrement qu’en privé sur ces préoccupations relatives à des confidences qui m’ont été faites. Elles ne sont devenues publiques qu’à la suite d’une plainte en diffamation – sauf à considérer que cette plainte, dont je me serais pourtant volontiers passée, faisait partie d’un plan savamment conçu ?


Ce qui se passe à Saint-Nazaire n’est pas “un débat de société” sur ce qu’il convient de faire : c’est une honte pour des élus ou des responsables de collectivités territoriales qui se revendiquent de la gauche, du féminisme, de l’égalité ou de l’humanisme. 

Si certains sont prêts à tout pour préserver leurs petits intérêts électoraux, ce n’est pas mon cas.  La loyauté m’est chère, mais elle ne saurait pour moi aller jusqu’à la compromission.

En ce qui me concerne, je suis et resterai une militante, une socialiste, comme je le suis depuis près de 20 ans. Ce sont les valeurs d’égalité, le combat pour la justice sociale qui ont chaque jour guidé mon engagement. 

 Je suis fière de tout ce que j’ai fait, je l’assume et je l’assumerai.

Il est temps que cessent ces inversions continues et mensongères des responsabilités.

Je suis convaincue que l’avenir éclairera bien des choses. 

Sincèrement, 
Laurianne. 

N’hésitez pas à me contacter par mail si vous le souhaitez, j’essaierai de répondre le plus précisément possible aux autres questions que vous pouvez vous poser. 


Chronologie.

  • 24 et 25 novembre 2017 – Journées nationales des femmes élues à Issy les Moulineaux, avec Céline Girard, Gaëlle Bénizé, Pascale Hameau, Gaëlle Betlamini et moi.  Les violences faites aux femmes sont abordées suite au déclenchement du mouvement #Metoo… le soir, Gaëlle Betlamini se livre sur ce qu’elle a vécu. Nous nous réunissons à plusieurs reprises dans les mois qui suivent.
  • 27 avril 2018  – Lors d’un rendez vous de travail avec David Samzun et Guillaume Saupin, nous lisons le texte que nous avons préparé pour alerter le maire. Le texte ne cite pas le nom de Martin Arnout. C’est le maire qui le cite lui-même et qui nous demande si d’autres adjoints sont concernés en nous citant spontanément les noms de deux d’entre eux.
  • 4 juillet 2018 – Déjeuner entre les femmes accompagnant Gaëlle Betlamini, le maire et son directeur de cabinet. Elle y prononce les mots de “rapport sexuel non consenti”.
  • 8 septembre 2018 – En l’absence de retour, j’envoie un mail à David Samzun au nom de nous cinq, pour lui demander les actions mises en oeuvre et lui réaffirmer notre “notre détermination à combattre ces violences”.
  • 9 septembre 2018 – Le maire nous répond par mail. Il nous explique notamment avoir alerté les deux des sur ces questions et demandé a son cabinet d’être vigilant et n’avoir reçu aucune alerte. Il nous informe également avoir “pris personnellement le soin, en présence de Guillaume Saupin, de recevoir Martin Arnout, à l’issue de notre première rencontre afin de lui faire part de vos préoccupations et de vos témoignages dont vous vous êtes fait l’écho“. Enfin il nous précise avoir demandé à son cabinet de contacter le CIDFF et affirme que le CIDFF leur aurait dit ne disposer “d’aucun témoignage concernant des élus ou des collaborateurs de la ville ou de l’agglomération” . Ces propos ont été depuis démentis par le CIDFF.
  • 11 septembre 2018 – Rencontre des femmes élues de la majorité. Nous évoquons à plusieurs voix l’environnement sexiste et sexualisant tout comme notre volonté d’avoir un temps conséquent d’une journée de formation et d’échange sur les violences sexistes et sexuelles.
  • 19 septembre 2018 –  Suite à l’envoi du mail, Céline Girard nous indique la réaction du maire : “Nous sommes immatures”. Elle nous précise que, dans son premier cercle, David dit que “la guerre est déclarée“. Elle précise que tout cela “se retourne contre nous”
  • 8 novembre 2018 – Rencontre des femmes élues de la majorité. Le climat sexiste est de nouveau évoqué…
  • Novembre 2018. Le maire se met à “liker” massivement les posts de Martin Arnout sur Twitter, alors qu’il ne like plus les nôtres depuis l’été. Il indique à Gaëlle Bénizé que ce que nous faisons est “dégueulasse” et précise que « si c’était moi, je porterai plainte contre vous »
  • 5 décembre 2018 – séminaire de majorité sur l’égalité Femmes-hommes. Trois élues (Céline Girard, Pascale Hameau et moi) prennent la parole pour évoquer le climat sexiste et sexualisant. Aucune réaction ni suite ne sera donnée aux points soulevés.
  • Février 2019 : Gaëlle Betlamini envoie un mail pour dire qu’elle ne participera plus aux groupes socialistes et groupes majoritaires, ne supportant plus les intimidations de Martin Arnout qui se seraient multipliées les mois précédents. Elle avait au préalable transmis plusieurs mail au cabinet du maire pour évoquer les différentes situations. Au bureau municipal suivant le 4 février, le maire dit qu’il ne “supporte plus” ces conseillers municipaux “qui se croient tout permis”…
  • 13 mars 2019 – Je rencontre David Samzun et je lui explique que je me sens maltraitée dans mon mandat,  que le climat de travail est devenu intenable. Il me dit que la rupture de confiance est consommée avec moi depuis le moment où nous avions déposé le “pot de pus” sur son bureau en précisant que cette rupture est advenue le jour où j’avais “envoyé un mail à ce sujet” .
  • 18 mars 2019 – Une autre femme, extérieure à l’équipe municipale, me livre un témoignage sur des faits potentiel de harcèlement et d’agression sexuelle. J’avise le maire de ces éléments.
  • 03 avril 2019 – Guillaume Saupin, directeur de cabinet du maire commente une publication sur mon compte Facebook reprenant un article sur les initiatives de Sandrine Rousseau contre les violences sexuelles, déclenchant un débat écrit public sur la manière de gérer les situations de violences sexuelles. …
  • 8 avril 2019 – Déjeuner des femmes élues destinées à travailler sur le plan d’actions pour l’égalité Femmes-Hommes.  et lancer les réflexions par thématique. Nous ré-évoquons la nécessité de lancer un diagnostic de la situation en interne avec une enquête menée par un tiers extérieur pour garantir aux femmes l’anonymat et la prise en charge.
  • 24 avril 2019 – Comité de soutien à David Samzun. Je demande si Martin Arnout sera présent, il semble que ce ne soit pas le cas. Je m’y rend, on m’invite à poser pour la photo, avant de m’apercevoir que sa présence était restée dissimulée jusqu’à la dernière seconde. Je quitte les lieux juste avant que l’image ne soit prise
  • 6 mai 2019 – En réunion des adjoints PS, qu’il a convoquée David Samzun aborde le sujet, parlant de rumeurs d’agressions sexuelles qui nuieraient à l’ambiance dans l’équipe. Suite aux propos de Jean-Jacques Lumeau et de Christophe Cotta,  donnant les noms des personnes impliquées et enjoignant les femmes à s’exprimer, j’interviens pour requalifier la nature des faits potentiels dont on parle. Céline Girard approuve alors mes propos. Un mail du directeur de cabinet part immédiatement dans la foulée de la réunion en copie à Martin Arnout et Gaëlle Betlamini, absents, pour préciser le contenu de la réunion et les invitant à déposer plainte.
  • 13 mai 2019 – En mon absence, Martin Arnout indique en réunion des adjoints socialistes avoir déposé plainte contre moi. Le lendemain, le maire, que je contacte, m’indique qu’il refuse de me soutenir dans cette affaire, et réitère ses propos sur la perte de confiance “consommée” depuis l’envoi du mail l’été passé.
  • 17 mai 2019 – Je suis auditionnée pendant plus de trois heures à la gendarmerie. J’y apprends par la Gendarmerie que les attestations sur le contenu de la réunion ont été réalisées par les adjoints qui ont tout fait pour que je m’exprime, Christophe Cotta et Jean-Jacques Lumeau et qu’un compte-rendu de la réunion a été réalisé par Guillaume Saupin.
  • 28 mai 2019 –  Ouest-France me contacte dans l’après-midi pour m’indiquer qu’ils vont annoncer le lendemain (jeudi de pentecôte) qu’une plainte est déposée contre moi et qu’ils ont déjà recueilli les propos du maire et de Martin Arnout. Sur les conseils de mon avocate, je refuse de répondre seule aux questions du journaliste, nous décidons alors en toute fin de journée de publier le texte #ilsnenousferontpastaire.

Il y a un moment où la loyauté ne suffit plus à justifier l’injustifiable, je démissionne de mon mandat d’adjointe au maire de Saint-Nazaire


Démission LD (4)

Monsieur le Maire,

Depuis 5 ans j’ai eu l’honneur d’être première adjointe à Saint-Nazaire.

C’est mon attachement à ma ville et mon engagement politique pour un monde plus juste qui m’ont guidés chaque jour. Saint-Nazaire, c’est ma ville. C’est ici que je suis née, que j’ai grandi et où j’ai choisi de construire ma vie.


C’est cette ville, son histoire, ses habitants, ses associations, ses militants qui m’ont donné le goût de l’engagement, de la solidarité, de la lutte contre les injustices. C’est ici que la rencontre de l’associatif, de l’éducation populaire m’a conduit à l’engagement politique. 

 

Depuis 5 ans, servir les Nazairiennes et les Nazairiens a été pour moi un privilège immense.  Avec la majorité municipale des écologistes et de la gauche unie, les projets que nous avons réalisés et que j’ai eu la responsabilité de conduire ou de lancer resteront pour moi une grande fierté. 

Je pense à la réalisation de la dernière phase du front de mer et à la Place du Commando, qui ont changé le visage de notre ville.

 

Je pense à toutes les actions mises en place au service des habitants de nos quartiers prioritaires, au plan de rénovation des quartiers populaires, de la rénovation du quartier de la Tréballe, au futur centre de santé du Petit Caporal.

 

Je pense au futur éco-quartier de Sautron, aux premières formes d’habitats participatifs qui y naîtront, aux premiers bâtiments à énergie passive de la ville, outils indispensables face au bouleversement climatique qui approche. 

 

Je pense aux projets d’aménagement que nous avons construits en équipe et partagés avec les Nazairiens du réaménagement des digues du Brivet au nouveau visage du bourg de Saint-Marc.

 

Je pense au projet de rénovation des Halles, qui seront plus dynamiques, plus conviviales, à l’appel à manifestation d’intérêt pour redonner vie aux halles de Penhoët.

 

Je pense au travail considérable qu’il a fallu mener pour la “grenellisation” de notre plan local d’urbanisme et au plan local d’urbanisme intercommunal, au travail engagé pour la protection de notre patrimoine architectural, paysager mais aussi végétal.

 

Je pense enfin à la charte de la concertation citoyenne et aux conseils citoyens de quartiers nouvelle génération, à l’introduction de nouvelles formes de participations citoyennes, du tirage au sort aux projets collaboratifs. 

 

Je remercie très sincèrement les équipes formidables de la ville, ses agents sont des serviteurs dévoués du service public qui m’ont beaucoup appris et accompagné dans ces missions. Une politique publique n’est jamais le résultat de la décision d’un seul, c’est un travail éminemment collectif. 

 

J’ai servi avec conviction, humilité et bonheur les Nazairiens, pour accompagner leurs projets, pour échanger, pour dialoguer. Publiquement, j’ai toujours assumé et porté les choix de notre exécutif, quels qu’aient pu être parfois les nuances, les désaccords, les regrets sur certains projets ou sur certaines façons de faire. Et, dans le dialogue avec les citoyens, c’est toujours la position collective que j’ai assumée quoi qu’il ait dû m’en coûter. 

 

Je regrette profondément la situation actuelle. L’humain, l’attention aux autres et l’égalité sont le socle de mon engagement. Depuis plus de quatorze mois, votre gestion de cette situation n’a pas été la hauteur de ce que qu’aurait dû être celle d’un employeur, d’un chef d’équipe,  d’un responsable politique humaniste.

 

Vous m’avez indiqué explicitement à deux reprises que c’est à la rentrée 2018, et plus précisément le jour où j’avais posé par écrit des éléments sur les confidences dont nous vous avions déjà fait part oralement (relatives à des faits pouvant, s’ils étaient avérés être qualifiés de viol) et sur le climat oppressif et sexiste (que nous étions déjà quelques-unes à ressentir et dénoncer), que j’avais “perdu [votre] confiance”. 

 

Votre absence de soutien revendiquée, alors qu’une plainte en diffamation a été déposée à mon encontre pour avoir simplement précisé la nature des faits que vous avez vous-même évoqué dans une réunion que vous avez convoqué ne peut pas être acceptée, pas plus que la campagne de dénigrement conduite contre moi et les membres du collectif. 


L’inversion des responsabilités, pratiquée depuis la plainte en diffamation déposée à mon encontre, est un procédé de musèlement classique dans les affaires de violences sexuelles. C’est inacceptable. 

 

Nos grands-mères se sont battues pour voter, nos mères pour obtenir le droit de maîtriser leur corps. Nous nous souvenons trop peu de la violences de ses batailles, nous avons oublié les héroïnes de ces débats, de ce qu’elles subirent à l’époque.

 

Les femmes de ma génération se battent aujourd’hui pour que nous ne subissions plus les violences sexuelles, les violences physiques, le sexisme au quotidien, les inégalités dans le monde du travail. C’est un devoir pour que nous ne soyons plus demain une sur deux à subir une violence sexuelle au cours de nos vie ou 30% à subir du harcèlement dans notre vie professionnelle tout en étant payées 25% de moins que les hommes.  

 

Cet engagement je le dois à ma grand-mère, à ma mère, à ma sœur, à mes amies, à mes collègues, à ma fille. Chaque matin depuis plus d’un an, c’est en la regardant, que j’ai trouvé la force de parler et de tenir, de faire tout ce que je pouvais faire d’où j’étais pour que le monde dans lequel elle grandit soit plus juste pour les femmes.

 

Le message qui est renvoyée aujourd’hui à Saint-Nazaire, où l’inversion des responsabilités expose d’abord les victimes et les femmes qui se taisent encore, est à rebours de l’histoire. Il ne fait pas honneur à notre ville. 

 

Je n’ai jamais pensé faire de la politique une carrière. Être élu n’est pas un métier que l’on pratiquerait des décennies durant. J’avais d’ailleurs décidé au lendemain des élections législatives de me remettre en mouvement professionnel, ce que, comme vous le saviez parfaitement, j’ai commencé à faire. 

 

Lire et entendre ces derniers mois que c’est une prétendue ambition politicienne qui m’aurait animée est intolérable.

 

La décision que je prends est un déchirement. Mais il y a un moment où la loyauté ne suffit plus à justifier l’injustifiable. Pour moi les valeurs, le combat pour l’égalité femmes hommes, la lutte contre les violences, les pratiques et l’éthique primeront toujours sur les calculs politiciens. 

 

Je choisis aujourd’hui de quitter l’exécutif municipal qui s’est trop éloigné des valeurs humaines et politiques qui m’animent et je vous remets ma démission.

 

Veuillez agréer, monsieur le maire, mes salutations,

 

Laurianne Deniaud

#Ilsnenousferontpastaire


 

Il y a plus d’un an, plusieurs adjointes de Saint-Nazaire ont alerté le maire suite au témoignage d’une élue sur des faits très graves qui auraient été commis contre elle par un adjoint. Elles lui ont fait part de leurs inquiétudes au sujet du comportement de cet élu comme sur un climat de sexisme ambiant et oppressant à la mairie.

Pour avoir simplement osé rappeler la nature possible des faits évoqués par d’autres, dans une réunion d’adjoints convoquée le 5 mai dernier à l’initiative du maire, l’une d’entre nous, Laurianne Deniaud, première adjointe, a été attaquée en diffamation et auditionnée plusieurs heures par la gendarmerie.

Nous n’entrerons pas dans le détail de l’affaire initiale Ce n’est pas notre rôle que de nous substituer à une victime, à sa parole, à son souhait ou non de saisir la justice . 9 femmes sur 10 victimes de violences sexuelles renoncent à déposer plainte : c’est aussi parce qu’elles ne bénéficient pas d’un environnement bienveillant ou du soutien qu’elles seraient en droit d’attendre et parce que la justice peine bien souvent à donner suite.

Une affaire de violences sexuelles, des inquiétudes sur un environnement de travail, ne sont pas des sujets privés. Ils sont éminemment politiques parce qu’ils s’inscrivent dans un contexte global d’inégalités et de violences subies par les femmes dans notre société. La responsabilité morale, politique et légale d’élu·e·s comme d’employeurs confrontés à de telles situations est de soutenir et de protéger celles qui peuvent en être victimes tout comme celles et ceux qui en témoignent et alertent. À Saint-Nazaire, c’est la loi du silence qui perdure.

La plainte en diffamation déposée contre Laurianne Deniaud, venue de l’élu mis en cause, s’inscrit dans une stratégie délibérée. Il s’agit de bâillonner celles et ceux qui accordent une écoute bienveillante et un soutien aux victimes et qui dénoncent des agissements qui n’ont plus lieu d’être. Il s’agit, par cette plainte, de maintenir fermement la chape de plomb qui couvre la parole dont il n’est toujours pas souhaité qu’elle se libère autour des violences sexuelles et sexistes.

Nous aurions pu penser que l’affaire Baupin, ou celle impliquant le maire démissionnaire du Havre, où la justice a été utilisée contre les femmes dénonçant des faits de violences sexuelles, et où cette stratégie s’est retournée contre leurs auteurs, mettraient un terme à cette insupportable inversion de la responsabilité, à ce sentiment de toute-puissance et d’impunité.

Il n’en est rien. Une nouvelle fois, après les pressions, après les rumeurs, après avoir tenté de nous diviser et de nous décrédibiliser, des hommes veulent museler les femmes qui parlent et dénoncent les violences subies. C’est inacceptable.

Nous appelons celles et ceux qui n’acceptent pas qu’on veuille les faire taire, leurs soutiens, les associations et acteurs engagés, de toutes de toute sensibilité, à s’exprimer haut et fort pour que l’impunité et l’intimidation reculent, pour que cesse l’omertà.

Il s’agit là d’une question de dignité humaine, pour que d’autres victimes, ici ou ailleurs, dans les collectivités, le milieu politique et les entreprises n’aient plus peur de parler. Les valeurs ne sont pas que des étendards et des notions abstraites mais doivent se traduire dans nos engagements.

Ils ne nous feront pas taire.

Premiers signataires :
Nathalie Baer, conseillère municipale, Fabrice Bazin, adjoint – Hervé Braire, conseiller municipal – Gaëlle Bénizé-Thual, adjointe – Gaëlle Betlamini-Da Silva, conseillère municipale – Laurianne Deniaud, première adjointe – Pascale Hameau, deuxième adjointe – Régine Le Bail, adjointe – Yvon Renevot, adjoint – Catherine Rougé, conseillère municipale – Sarah Trichet-Allaire, conseillère municipale

Affaire Benalla : l’arbitraire abime la République.


Ce qui me frappe le plus dans cette affaire Benalla est ce qu’elle révèle de la nature du régime macroniste.

Quelques mots sur les faits d’abord : nous ne sommes pas dans un « fait divers » ou dans une affaire banale à partir du moment où il apparaît que M. Benalla a été délibérément protégé à l’Elysée suite à des faits de violences inacceptables, et qui n’étaient visiblement pas les premières, sous couvert d’une fausse qualité de policier.

Les mensonges d’Etat au plus haut niveau se sont succédés maladroitement pour couvrir les faits, mais aussi pour dissimuler le niveau hallucinant de responsabilité et les projets portés par M. Benalla. Accès à l’Assemblée, demandes d’écoutes, ordres donnés à des policiers, projet de modification de l’organisation sécurité du président, tentative de nomination au rang de sous-préfet… On est abasourdi de lire tout cela et de constater que l’homme a continué à être présent sur des événements de premier plan après les pseudo-sanctions annoncées lors de la sortie de l’affaire.

Dès lors de deux choses l’une, dont je ne sais pas laquelle serait la plus grave. Ou bien M. Benalla a été protégé pour des raisons inconnues, qui font qu’il a été en position de « tenir » M. Macron, ou bien cette présidence est capable de confier à des personnes manifestement incompétentes des niveaux de responsabilités dangereux pour la République.

Parce qu’on ne peut pas être compétent pour s’occuper de questions de sécurité au plus haut niveau quand on fait joujou au gros bras avec des journalistes ou en tabassant des manifestants.

Parce que la police ne doit jamais devenir une milice au service d’un clan.

Parce qu’on ne mérite pas de servir la République quand on confond ses fonctions avec son engagement partisan.

Parce qu’on est là pour servir et pas pour se servir.

C’est là que la responsabilité du président de la République est engagée. C’est à lui de faire appliquer la constitution. Il est garant de certains équilibres. La cinquième République lui donne déjà les coudées très franches dans le rapport entre les pouvoirs. Emmanuel Macron a montré le pire de ce point de vue.

Qu’une personne abuse des prérogatives qui lui sont données et trompe son monde peut arriver. A tout les niveaux. La responsabilité de sa hiérarchie quand la réalité de faits illégaux est manifeste est de faire cesser cette situation. Cela n’a pas été le cas, pire, la poussière a été mise sous le tapis, au mépris de la responsabilité, de l’éthique, de la séparation des pouvoirs et dans une confusion absolue des rôles entre l’administration et le politique. Cette séparation est indispensable, parce que l’histoire nous a appris que le politique est toujours tenté d’abuser de ses prérogatives et qu’une administration qui conserve une stabilité et qui garantit la continuité de l’Etat est de ce point de vue une protection des droits et libertés.

Lorsque nous étions arrivé au responsabilités en 2012, j’ai été témoin et actrice, en devenant cheffe de cabinet en ministère, de l’attention que nous portions au rapport à l’Etat, contre les risques de dérives claniques ou dans le rapport aux moyens auquel ces fonctions donnent accès.

Nous sortions des dérives des années Sarkozy, nous avons mis en place de nombreux protocoles et les affaires qui eurent lieu malgré cette attention, furent réglées fermement et rapidement, sans que la main du président ne tremble. Elles restent malgré cela des meurtrissures.  Je me souviens des réunions sur le sujet à Matignon, du discours tenu par notre ministre, d’une certaine idée de la pratique de l’Etat. D’un Etat qui n’était pas notre propriété. Nous n’étions pas « chez nous », mais des serviteurs. Nous étions en cela des militants, nous portions cela dans nos parcours, dans notre engagement, dans nos combats.

L’histoire de l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, née de trahisons et de dissimulations, de ralliements opportunistes et de débauchages, ne le porte pas à s’inscrire dans cet héritage. Pire, ses projets politiques l’en éloignent.

Quand on met en place la protection du secret des affaires, on affaiblit les lanceurs d’alertes et le travail de la presse.

Quand on détricote le statut des fonctionnaires à tous les niveaux, on facilite l’alignement des administrations et de l’Etat sur le pouvoir politique, avec tous les risques que cela comporte en termes d’abus de pouvoir.

Quand on sélectionne les candidats à la députation sur casting en leur demandant un blanc-seing, quand on prépare une réforme constitutionnelle qui va réduire le nombre des parlementaires, on affaiblit le pouvoir législatif qui n’avait déjà pas besoin de cela dans notre pays.

La République n’est pas un conseil d’administration privé au service de l’intérêt d’un clan, fût-il celui du président.

M. Macron serait bien inspiré de s’en rappeler.

Place du commando, la ville de demain est à vous.


Les festivités du 14 juillet marqueront cette année la vie nazairienne, car elles correspondent aussi à l’inauguration de la nouvelle place du commando qui était tant attendue. Déjà les Nazairiennes, les Nazairiens et les visiteurs, petits et grands se sont largement appropriés la place, les jets d’eaux, les transats, les tables de pique-nique, les établissements nouveaux et existants, et aussi les retransmissions en leur sein des matchs de l’équipe de France 🙂

Nous avons enfin ce lieu, balnéaire, festif, convivial populaire où l’on se donne naturellement rendez-vous pour nous retrouver en journée et en soirée.

La vie d’une citoyenne engagée à travers un mandat municipal n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Voir la réalisation d’un si beau projet, lire les sourires sur les visages, entendre les enfants rire quand ils jouent dans l’eau est une immense satisfaction, personnelle et collective.

Il y a quatre ans, notre majorité de gauche unie engageait la démarche de concertation sur l’opération Front de mer 3 et le réaménagement de la place du Commando. Nous devons beaucoup à la vision de la ville que nous a légué Joël Batteux. C’est donc naturellement que la réalisation de ce projet fut annoncée dans le programme de David Samzun, qui le porta avec volonté et détermination. Il ne restait plus qu’à passer de l’idée à la réalité.

Adjointe à l’urbanisme et alors aussi à la démocratie locale, j’étais persuadée que la participation des citoyennes et des citoyens contribuerait à la fabrication d’un projet encore meilleur. Après des heures de débats, d’ateliers et la contribution de centaines de Nazairiens impliqués et en voyant le résultat, j’en suis plus encore convaincue et je suis heureuse que nous ayons su dépasser les quelques péripéties du projet. La mobilisation des Nazairiens pour leur projet fut déterminante. Et il faut remercier les équipes de la ville -élus et fonctionnaires-  et de la Sonadev, les professionnels, architectes et paysagistes, les ouvriers et les techniciens, engagés pour la qualité de leur travail..

Saint-Nazaire, une ville pour toutes et tous.

La place du Commando n’est pas encore tout à fait terminée. Les plantation seront effectuées à l’automne. Un autre établissement, le Barapom ouvrira en septembre. Une autre cellule sera livrée pour l’été prochain. Ces établissements viendront enrichir la complémentarité d’une offre de restauration et de rafraîchissements où il y aura une offre pour tous les budgets. Une offre pour tous, cela veut dire aussi, que certains de ces établissements privés sont plus chers que d’autres. Cette diversité d’offre permettra aussi  d’amener ou de ramener aussi dans notre ville une clientèle touristique ou d’affaires par exemple. C’est aussi par ce développement et les revenus qui en sont issus que nous pouvons financer nos projets à l’heure où l’Etat étrangle les finances locales. Je sais que certains s’inquiètent sur l’identité de notre ville de ce fait : en ce qui me concerne je n’ai pas de doute : Saint-Nazaire est diverse, populaire, ouvrière et fière de l’être.

C’est d’ailleurs une bataille de tous les jours que nous menons aussi pour permettre à chacun de se loger, contre ceux qui ne jurent que par la baisse des APL et les résidences secondaires.

L’identité de Saint-Nazaire, c’est aussi d’être une ville où des bars, où des tables de pique-nique, où des jeux d’enfants côtoient naturellement et dans la bonne humeur des établissement où l’on peut manger des fruits de mer.

Une ville qui nous rassemble et nous ressemble

Et c’est finalement pour cela que cette place me plaît le plus. Parce qu’elle nous ressemble. Parce qu’elle nous rassemble. Parce qu’elle est un bon résumé de la ville que l’on veut et que l’on peut espérer. Une ville où l’urbanisme et le logement participent de la réduction des inégalités. Une ville pour tous. Une ville où l’attractivité n’est pas qu’économique, mais où c’est le plaisir de vivre ensemble, de rire et de rêver qui nous fait tous grandir. Une ville où l’on transforme un parking un peu triste en une place de loisirs, où les enfants sont au cœur de la cité.

C’est cette ville que j’ai envie de voir grandir pour l’avenir avec celles et ceux qui partagent cette vision de l’égalité, de l’écologie, de la justice, de la joie de vivre ensemble dans la solidarité.

Notre priorité, le logement pour tous, pas la résidence secondaire pour quelques-uns.


Je lis depuis quelques jours les prises de position de la députée de la 8ème circonscription de Loire Atlantique sur la surtaxation des résidences secondaires.

Audrey Dufeu-Schubert s’en prend systématiquement à la politique fiscale de la gauche à Saint-Nazaire qui a fait le choix d’utiliser pleinement les possibilités offertes par la loi.

Mme Dufeu-Schubert considère tout d’abord que ce type de surtaxe ne devrait concerner que “les villes des zones immobilières tendues” et qu’“elle n’est pas destinée à être appliquée dans une ville comme Saint-Nazaire”.

Il est surprenant qu’une députée méconnaisse à ce point le dossier. C’est justement parce que Saint-Nazaire est une des 1150 communes en zone tendue qu’une telle surtaxe est rendue possible par la loi.


Je l’invite à s’informer davantage. Dans un des numéros d’Ouest-France rendant compte de ses propos, on trouvait un article titré “Le marché repart, les prix se tendent” qui lui permettront de mieux prendre conscience des réalités.

C’est parce que ce marché est difficile que nous nous battons au quotidien pour que les Nazairiens puissent continuer à avoir accès à un logement de qualité à un prix raisonnable.

C’est pour cela que nous privilégions les résidents permanents, c’est pour cela que nous maintenons une politique volontariste de construction de logement pour toutes les générations, pour tous les portefeuilles, c’est pour cela que nous soutenons le logement à loyer modéré.

C’est justement parce que les résidences secondaires ne génèrent pas, comme elle l’affirme à tort, la même dynamique économique que les résidence principales que nous agissons. Nous ne souhaitons pas devenir une ville aux volets clos 10 mois dans l’année.

C’est parce que se loger est un droit que nous nous battons pour le logement social, même si le budget voté par madame Dufeu-Schubert rend ce combat plus difficile en affaiblissant les bailleurs sociaux.

La fondation Abbé Pierre a rappelé il y a qq jours que 2,7M de ménages, plus de 3 M d’enfants vivent dans un logement surpeuplé. Est-ce que défendre les résidences secondaires est vraiment la priorité ?

À l’heure où l’on se bat pour lutter contre l’étalement urbain et préserver nos ressources naturelles et nos terres agricoles, ce modèle n’est par ailleurs pas soutenable écologiquement.

Notre priorité, nous l’assumons, c’est le logement pour tous, pas la résidence secondaire pour quelques-uns. Je ne suis pas surprise des priorités de la députée, conformes aux choix de son parti, de toujours privilégier ceux qui ont.

En choisissant de parler de logement, Madame Dufeu-Schubert aurait pu choisir d’intervenir pour exiger du gouvernement qu’il fasse enfin appliquer la loi sur l’encadrement des loyers qu’il refuse de mettre en oeuvre.

Après avoir voté un budget faisant baisser massivement les impôts des + riches et entérinant la baisse de l’APL de 5 euros par mois depuis le 1/10/17 pour les plus pauvres, parler comme elle le fait de “discrimination fiscale” est indécent pour ceux qui sont à quelques € près.

J’en profite pour lui poser une question précise: quels ont été les effets concrets de l’appel aux propriétaires du président Macron pour qu’ils baissent les loyers de 5 euros suite à la baisse des APL pour 6,5M de ménages ?

Je lui rappelle au passage que le principe de libre administration des collectivités locales , est de rang constitutionnel et qu’il s’impose au législateur et à toutes les autorités administratives.

Puisque Mme Dufeu-Schubert se passionne pour les choix politiques des collectivités locales, je l’invite lors du prochain projet de loi de finances à mettre plus d’énergie à défendre leur capacité d’agir et leurs ressources.

Chez nous


Après les affaires DSK, Baupin, l’affaire Wenstein, l’apparition de #balancetonporc et #metoo ont fait sortir les questions de harcèlement sexuel et de violences du silence. Dans “Libération”, plusieurs femmes ont déclaré avoir subi harcèlement et agressions sexuelles au sein du mouvement des jeunes socialistes, par un ancien président du mouvement.

Chez nous.

C’est une colère et c’est une peine. Je veux dire à ces femmes que leur parole est importante, qu’elles sont courageuses et que je les accompagnerai comme toute leur famille politique doit le faire. J’apporterai tout mon concours à la manifestation de la vérité et je soutiendrai toutes les démarches qu’elles entreprendront. Cette libération de la parole est salutaire.

J’ai beau être femme, féministe, penser être au clair sur le consentement, la drague, le harcèlement, la violence, j’ai dirigé une organisation qui n’a n’a pas su entendre toutes les paroles. Je n’avais pas conscience de ce qui se passait et oui je suis tombée de haut ces derniers jours et en lisant l’article de Libé.

Bien sûr que si on en est là c’est qu’on a manqué des choses et qu’on a pas été à la hauteur. Nous n’avons pas créé les outils d’alerte. Nous n’avons pas créé un cadre assez bienveillant, assez protecteur de chacun, pour que de telles situations ne se produisent pas, nous n’avons pu ou pas su reconstituer le puzzle, et en tirer toutes les leçons aux bons moments.

La confiance est une boussole faillible parce qu’elle peut être trahie et la mienne l’a été. J’en prends toute ma part de responsabilité. Les paroles aujourd’hui rassemblées et révélées n’ont d’abord été que des bribes dispersées qui ont été dissimulées, écartées, discréditées avec habileté par celui qui voulait les faire taire. La seule fois où l’on a cherché à m’alerter d’une situation alors que j’étais présidente, je me rends compte aujourd’hui que je n’ai alors pas su comprendre la portée et la nature réelle du comportement en cause et c’est forcément un regret immense.

C’était chez nous. Et c’est insupportable.

On pensait pouvoir faire naturellement la différence entre des rumeurs sur des coucheries et des violences. Entre des mufleries et des agressions. Notre engagement féministe aurait dû nous en prémunir. On rappelait le “no means no” aux militant·e·s qui partaient en camp d’été, on disait aux filles de toujours prendre toute leur place, on veillait autant que possible à la répartition des prises de paroles.

Chez nous. Et ça nous rend malade.

Ca nous rend malade, parce qu’en fait on a été aussi victime de harcèlements ou d’agressions. Parce qu’on se souvient d’hommes violents lors d’un meeting dans un stade pendant une présidentielle, qui ont profité de la promiscuité de la foule pour nous encercler, pour passer leurs mains sur tout notre corps, pour nous agresser sexuellement. Parce que, jeune, femme, lorsqu’on arrive dans la plus haute instance de notre parti, des regards insistent et vous déshabillent. Parce que les SMS d’un ancien ministre insistent systématiquement pour transformer un café ou une réunion en dîner dans un hôtel parisien. Parce qu’on n’a pas tout dénoncé. Parce qu’on a pas porté plainte. Parce qu’on a pas eu la force de le faire, parce qu’on a minimisé aussi, parce qu’on savait qu’on aurait trop de mal à prouver, à qualifier. Parce que tout ne rentre pas dans les cases du pénal.

Chez nous. Mais c’est partout.

Aujourd’hui en France, 230 femmes ont été violées, 84 000 cette année. Une femme sur deux est victime de harcèlement, d’agression sexuelle ou de viol dans sa vie. Parce que les agresseurs ne ressemblent pas à des monstres et qu’on peut s’y laisser prendre. Nous les côtoyons chaque jour.

“Ah, c’était chez vous, prétendus féministes, tartuffes” se gaussent déjà les adversaires de toujours, tombant dans ce que la politique a de plus vil, sans toujours avoir balayé devant leur porte. Car vu l’ampleur de ces violences, c’est partout, dans nos famille, au travail, dans nos cadres d’engagement. Un femme sur deux, cela veut dire que les structures dont rien ne sort sont surtout celles où le silence pèse le plus lourd sur les victimes.

C’est dans tous nos chez nous en fait. C’est aussi chez vous.

Et nous avons maintenant tou·t·e·s le choix. S’indigner et puis se rendormir quand la poussière médiatique sera retombée. Ou faire en sorte que cela n’arrive plus. Je ne veux plus jamais ressentir ce que je ressens depuis que les points font des lignes dans ma tête et que j’ai compris.

Je crois que tous les partis, toutes les entreprises, toutes les collectivités doivent regarder les choses en face et construire partout des plans de lutte contre le harcèlement et les agressions sexuelles, comme l’avait proposé le collectif “Levons l’omerta” il y a quelques années maintenant. Nous le devrons toujours aux victimes. Nous le devons déjà à nos filles.

STX : la nationalisation temporaire n’était qu’un “coup de com” facile et factice.


Je m’étais réjouie de la nationalisation de STX il y a quelques mois. Comme beaucoup, je pensais que cette voie était nécessaire pour améliorer significativement les garanties apportées dans le cadre d’une reprise des chantiers par Fincantieri.

L’accord entre la France et l’Italie annoncé hier à Lyon est de ce point de vue décevant à plusieurs égards. Derrière le paravent d’un montage sophistiqué et de la “pensée complexe”, il n’existe pas de nouvelle avancée par rapport aux craintes qui pouvaient naître de cette reprise, sur l’emploi local, la pérennité de l’ensemble des métiers, les transferts d’activité et la stratégie de l’entreprise.

Il est instructif à ce titre de lire les déclarations “off” dans la presse italienne des responsables transalpins du dossier et les victoires qu’ils revendiquent : Fincantieri pourra ainsi nommer le président, l’administrateur délégué et la majorité du CA, la révocabilité à 12 ans du système de prêt de 1% du capital ne constitue pas une garantie plus forte par rapport aux clauses de l’accord précédent et du pacte d’actionnaire à 20 ans qui permettait déjà à l’Etat français de racheter la part de Fincantieri.

Il est par ailleurs regrettable que les élus locaux n’aient pas été associés à ces décisions comme cela avait pu être le cas auparavant.

Les grands mots sur le “win-win”, les “géants européens”, “l’équilibre et l’ambition” et les garanties ne peuvent masquer la réalité : les chantiers de Saint-Nazaire ont été utilisés par Emmanuel Macron en juillet pour faire un “coup de com”, le symbole facile et factice d’un volontarisme industriel exigeant, qui se dissipe la rentrée venue.

L’industrie de notre pays mérite mieux que des coups d’éclats sans lendemain. Nos chantiers vont bien, nous ferons tout pour que cela dure. Nous serons en tout état de cause mobilisés pour l’avenir de la construction navale à Saint-Nazaire et pour que les savoir-faire exceptionnels des femmes et des hommes qui font vivre cette belle industrie soient garantis.

Carnets de Sicile


Les vacances doivent bien s’arrêter un jour !

C’est pleine d’énergie, d’envies et d’idées que je suis rentrée de ces congés en famille en Sicile. En cette rentrée, je souhaite m’investir dans les activités municipales comme dans la reconstruction de ma famille politique, tout en retrouvant des formes d’engagement différentes. Je vous en parlerai sans doute bientôt. En attendant, voici quelques notes de la fin du mois d’août que j’ai souhaité partager avec vous. Bonne rentrée à tous !


Castellammare – 19 août

Je relis le “Guépard” sous le chaud soleil sicilien. Comment, devant les ruses de la noblesse sicilienne pour enjamber une révolution politique en conservant ses privilèges, ne pas penser à la situation politique actuelle ? Le masque préféré des conservateurs, leur vieux truc est celui de la “modernité”. Faire bouger la forme pour préserver les vieux intérêts. Baisser les APL, mettre en cause des contrats aidés, adopter un chien et affaiblir l’impôt sur la fortune.

Il faut que tout change pour que rien ne change.

San Vito lo Capo – 22 août
Après avoir été confrontée – rien de grave heureusement – aux services publics médicaux et postaux siciliens, aux heures d’attente, à la désorganisation, au manque de moyens et de personnels, aux locaux vétustes, j’ai l’impression d’en savoir plus sur l’austérité en Europe qu’après tous les articles économiques lus dans la presse cette année. Je pourrais parler aussi de l’état des routes et des infrastructures.

On me répondra “mafia” ou “désorganisation italienne” avec sans doute une part de vérité, mais c’est un sentiment de dégradation profond que l’on constate par rapport à d’autres séjours passés en Italie. Si le sujet ne fait plus les unes, il continue à faire croître la colère et la défiance chez les gens. Tournés en permanence vers le “modèle allemand” nous ferions bien de regarder comment le modèle européen actuel fait glisser une société proche de la nôtre comme l’Italie vers la précarité dans tant de domaines.

Erice – 25 août
Je lis des propositions “révolutionnaires” sur le nom du PS. La reconstruction de notre famille politique ne peut pas être aussi cosmétique. Elle peut être bien longue tant la défiance s’est installée au sein de la gauche. Elle devra se faire sans fétichisme sur les périmètres des appareils et des partis. Mais surtout, évitons les débats stériles, les outrances et les concours de signataires et de tribunes. Sachons ouvrir les portes de la réflexion et des débats. Il faut “écouter les militants”, mais plus encore,il faut savoir écouter la société : nous sommes devenus trop peu nombreux et trop englués dans des procès réciproques en responsabilité pour pouvoir éclairer seuls l’avenir sur les attentes du peuple de gauche. Ouvrons-nous vraiment et prenons le temps de réfléchir aux sujets du monde qui vient.

Pozzallo – 27 août
Pozzallo, à la pointe sud de la Sicile est un des ports où l’Aquarius, un des navires engagés dans le sauvetage des migrants en mer, fait souvent escale. Le Corriere della Sera a publié il y a quelques jours l’appel d’Alessandro Porro, membre italien de SOS Méditerranée: “Nous sommes les yeux d’une Europe qui ne veut pas voir”, dit-il. J’avais rencontré les bénévoles de l’association à Saint-Nazaire lors des Escales. Je soutiens leur engagement et je regrette que la France laisse l’Italie bien seule face à ce dossier. Ce sont des militants qui sauvent des vies, là où les Etats devraient prendre leurs responsabilités.

Ragusa – 29 août
Alors que les images des inondations aux USA font le tour du monde, celles qui frappent l’Asie sont assez largement ignorées malgré les victimes. Ici, cela fait près de 6 mois qu’il n’a quasiment pas plu. À travers toute la Sicile, nous avons vu des montagnes et des forêts décimées par les incendies. Le changement climatique n’est pas une réalité virtuelle et lointaine pour les générations qui vient. C’est une urgence qui va changer nos vies bien plus que nous ne pouvions le concevoir il y a quelques années encore.


Marzamemi – 31 août

Les ordonnances sur le code du travail sont sorties aujourd’hui. En Italie, cela fait plus de trois ans que le “Job acts” a rendu plus facile le licenciement. Si une prime fiscale à l’embauche a, au départ, “dopé” le marché du travail, le bilan est aujourd’hui très mitigé et le chômage reste à un niveau élevé. La “flexibilité” est ressentie par les salariés, précarisés et licenciables à l’envie, mais les mesures de sécurité, de formation et d’accompagnement, coûteuses, n’ont pas été mises en places. Pourquoi procède-t-on toujours dans l’urgence pour la “flexi” et jamais pour la “sécurité” ? C’est un marché de dupes et je marcherai contre ces ordonnances le 12 septembre.

Cefalù – 3 septembre
La fin des vacances approche. En relisant ce billet, on pourrait croire que je n’ai rien vu des paysages incroyables de cette île, de ses richesses culturelles, des eaux azures et turquoises, de ses montagnes spectaculaires, et de tout ce qui fait que c’est une région aussi captivante. On pourrait penser que nous ne nous sommes pas baignés, ni divertis et que nous n’avons pas profité de la gastronomie. Je tiens à vous rassurer 🙂

Résultats des élections législatives.


Chers amis,

D’après les résultats dont je dispose, je n’ai pas réussi à faire gagner nos idées et nos valeurs. Bien sûr, je regrette la division de la gauche, durant ces législatives, mais j’assume cette défaite.

Je suis triste de ne pas pouvoir représenter tous les citoyens que j’ai rencontré dans cette campagne, celles et ceux qui ont voté pour moi, vous évidemment qui vous êtes tant engagés dans cette campagne.

Je suis fière du travail que nous avons mené ensemble et je vous en remercie du fond du coeur.

Je veux en particulier saluer Gaëlle, les équipes de porte-à-porte, de collage, les bénévoles du local de campagne, Frédéric et tous les militants de Loire et Sillon.. Merci à tous, du fond du cœur.

La vague nationale était haute et notre circonscription n’est pas une île.

Loin des apparences, la crise démocratique, politique, sociale et institutionnelle que traverse notre pays n’a jamais été aussi profonde et si le pouvoir échoue à entendre l’aspiration de plus en plus désespérée à la justice sociale de beaucoup de Français, cette crise deviendra dangereuse pour notre pays.

La foudre démocratique peut frapper encore.

Le peuple ne nous a pas jugé dignes du mandat qu’il nous avait confié il y a 5 ans. Nous devrons faire le bilan. Il faudra faire le bilan, puis nous devrons reconstruire.

Il nous faudra reconstruire la gauche, parce que nos belles idées de justice, d’égalité, de liberté, de solidarité doivent vivre.

Il faudra reconstruire la gauche, parce que ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre ont besoin d’être défendus.

Il faudra reconstruire la gauche, en faisant tomber les frontières entre des appareils, en s’ouvrant aux intellectuels, en sortant de nos petits conforts, en écoutant davantage les souffrances, les colères et les idées nouvelles.

C’est un combat long qui s’ouvre pour que la gauche vive. Je resterai une militante.

Je continuerai à exercer mes fonctions d’adjointe à la ville de Saint-Nazaire pour porter le mandat que les nazairiens ont donné à la gauche unie lors des dernières municipales.

Je prendrai un peu de repos et de temps avec les miens dans les prochaines semaines.

Jean Jaurès disait que le courage c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense.

Je vous remercie d’avoir eu ce courage. Merci à tous. Merci pour cette campagne, merci de m’avoir accompagné dans ce combat.