Construisons la gauche dont nous avons toujours rêvé.


Cela fait un peu trop longtemps que je n’ai pas posté de billets sur mon blog. Je vais tâcher de reprendre un rythme plus régulier :-). Je m’y remet donc en publiant le discours de candidature que j’ai prononcé lors de la Convention Nationale Transformer à Gauche du week-end dernier.

Ce n’est sans doute pas habituel de publier ces discours qui restaient autrefois dans un cercle restreint. Je pense que notre organisation est suffisamment mûre et intelligente pour qu’ils soient aujourd’hui rendu accessibles à toutes celles et tous ceux qui veulent construire l’avenir du MJS.

N’hésitez pas à réagir !

Merci Antoine. Mes chers camarades, chers amis.

Merci tout dʼabord pour votre engagement et pour les très bonnes interventions et les échanges de ce matin. Ces débats sont importants et je suis très heureuse que nous les ayons eu ensemble.

Je dois vous dire dʼabord que jʼai beaucoup réfléchi à ce que jʼallais vous dire aujourdʼhui.

Parce que, comme vous, je suis très attachée à notre mouvement ;

Parce que je sais le dévouement et le désintéressement des militants qui sʼengagent chaque jour pour le faire vivre ;
Parce que nous faisons est plus grand que nous, que cela a commencé avant nous et que cela continuera après ;
Parce que comme vous je sais tout cela, je sais aussi que lʼengagement individuel peut avoir du sens sʼil permet de porter un projet pour tous.

Et cʼest dans ce cadre là que je mʼinscris, en me présentant devant vous, pour être votre candidate à la présidence de notre mouvement, pour porter vos aspirations, porter un projet, celui de faire évoluer le MJS, de le transformer, pour être à la hauteur, pour faire gagner la gauche en 2012.

Le MJS nʼest pas à son Président, pas à ses secrétaires nationaux, pas à un courant, pas aux animateurs fédéraux, pas même à ses adhérents. Il est à tous les jeunes qui veulent sʼen saisir.

Je ne vous donnerai donc pas une « ligne» aujourdʼhui. Ce nʼest pas mon rôle, ce nʼest pas le temps, je ne suis même pas sûre que cela soit utile. Je vous propose aujourdʼhui une démarche nouvelle. Une démarche qui surprendra peut être par certains aspects, mais une démarche qui me paraît nécessaire. Je vous propose de faire en sorte que notre organisation change dʼère, puisque notre monde change.

Nous sentons tous que le monde bouge autour de nous. En trois générations le monde sʼest métamorphosé concrètement, profondément.

Mesurons le changement depuis le monde quʼont connu jeunes nos grands parents.

Cʼétait le monde des guerres mondiales et des colonies. Cʼétait le temps dʼune économie agricole, artisanale, lʼindustrialisation et lʼurbanisation ne touchaient encore quʼune minorité de Français. Lʼélectricité nʼétait pas arrivée dans toutes les maisons. LʼURSS naissait à lʼEst.

Puis nos parents, et toute cette grande génération du baby boom, ont grandi avec lʼarrivée de la télévision et des radios périphériques dans la France de la croissance de lʼaprès guerre. La France devenait urbaine, plus jeune, plus industrielle encore. Le téléphone se généralisait. La qualité de vie progressait vite, la société de
consommation massive apparaissait. Les colonies se libéraient et les grandes vagues dʼimmigration de travail commençaient. La guerre froide structurait les relations internationales et la conquête de lʼespace débutait. Le traité de Rome instituait les débuts de la construction européenne.

Notre génération connaît une accélération encore plus forte. Nous avons toujours connu lʼEurope, ses institutions. Nous sommes ceux qui, pour certains sont les derniers à avoir connu lʼavant numérique, et pour dʼautres sommes la première génération post-Internet. Nous vivons dans une surabondance dʼinformation. Notre économie est basée sur les services et sur une mondialisation de la consommation et de la production. Notre monde est un monde post-colonial. LʼURSS a disparu, et le modèle économique libéral se trouve affaibli par la crise. Les relations internationales deviennent multipolaires. Notre société est de plus en plus multiculturelle. Nous voyons arriver la révolution génétique. La transition démographique sʼachève partout dans le monde, confrontant populations jeunes dans les PED et pays occidentaux vieillissants. La crise économique et la crise climatique font apparaître des problématiques mondiales et une attente politique à lʼéchelle du monde.

Le monde nous semble plus petit et pourtant plus insaisissable. Jamais les individus nʼont eu autant dʼoutils pour être libres et reliés, jamais lʼinterdépendance nʼa été aussi prononcée. Jamais ceux qui nʼont pas accès à la consommation, à la mobilité, à la société de réseau ne se sont sentis aussi exclus.

Face à des entreprises qui deviennent aussi puissantes que des Etats, face à une financiarisation et la spéculation, les hommes ne semblent pas maitres de leurs destins.

Si le monde change, les injustices, les violences, les inégalités sont toujours présentes. Les inégalités existent entre les continents et en leur sein. Inégalités entre les femmes et les hommes, inégalités en fonction du territoire dans lequel on grandi, en fonction de ses origines réelles ou supposées, en fonction de son origine sociale.

Des dizaines de milliers de femmes et dʼhommes se jettent aux frontières de lʼEurope pour survivre. 800 millions de personnes ont faim, pendant que moins de 5% de la population du monde contrôle la quasi-totalité de la fortune boursière mondiale. Ces inégalités persistantes et leur développement sont le fruit d’un modèle économique.

Et c’est ce même modèle économique qui a poussé les individus à emprunter pour subvenir à leurs besoins, pour se nourrir, pour se loger, pour exister socialement. C’est ce modèle économique qui à l’origine de la crise économique, sociale, politique.

Cette crise fait tomber les dogmes libéraux les uns après les autres, ceux qui disaient « savoir » nʼont plus de crédit aux yeux des citoyens.

Un nouveau cycle sʼouvre. Le meilleur comme le pire peuvent surgir. Le meilleur ce serait lʼémergence dʼune société plus juste et solidaire. Le pire ce serait lʼémergence dʼune société de « lʼentre soi ».

A nous de prendre nos responsabilités, d’orienter le changement à partir de nos valeurs, le socialisme démocratique. Le temps de la simple dénonciation du modèle libéral est bientôt derrière nous. Nous allons pouvoir passer de la défense à lʼoffensive après 20 années difficiles. A nous de faire émerger une société, un monde fondée sur des idéaux démocratiques et sur l’égalité de tous les citoyens.

La démocratie nʼest pas quʼun outil, cʼest un idéal. C’est la capacité des hommes à maitriser leur destin individuellement et collectivement. Et des hommes qui maîtrisent leur destin, ce sont des hommes qui ont la possibilité de choisir et dʼécrire lʼhistoire.

Ils ont des espoirs. Ils ont des colères. Ils en font des rêves et des idéaux. Ils essayent de transformer le monde pour sʼen approcher.

Et pour les socialistes, cʼest ça leur combat. Faire en sorte que le monde appartienne à ceux qui rêvent. Donner à lʼindividu sa place dans le monde, dans la solidarité. Cʼest ce quʼont toujours fait les jeunes socialistes.

Notre histoire a près dʼun siècle et elle est riche.

Ces jeunes socialistes avaient 20 ans et ils se battaient pour la paix avant que lʼEurope ne sombre dans la boucherie de 1914-1918.

Ces jeunes socialistes avaient 20 ans et participèrent à lʼimmense oeuvre sociale du front populaire en 1936, inventant des droits nouveaux, des solidarités qui furent à lʼorigine de notre France moderne.

Ces jeunes socialistes avaient 20 ans et ils se sont battus dans la résistance. Ils ont permis de porter dans la France nouvelle de la libération, la sécurité sociale, la reconstruction.

Ces jeunes socialistes avaient 20 ans et savaient au plus profond dʼeux-même que la décolonisation devait se faire. Ils sʼengagèrent en ce sens contre leur parti, perdant alors lʼautonomie de leur organisation, mais leurs idées triomphèrent.

Ces jeunes socialistes avaient 20 ans et ils ont fait exploser la chape de plomb de la société gaulliste et patriarcale en 1968, permettant la libération sexuelle, culturelle, ouvrant la voie de lʼégalité homme femme et des combats féministes.

Ces jeunes socialistes avaient 20 ans et par leur combat et par leur vote ils ont fait élire de François Mitterrand en 1981.

Ces jeunes socialistes avaient 20 ans et ont relancé la gauche en se battant une nouvelle fois après une défaite cinglante en 1993, ont obtenu lʼautonomie de leur mouvement avec Benoît Hamon et ont porté la gauche au pouvoir en 1997. Ils
avaient 20 ans et ce sont eux qui ont fait naitre le Pacs et les emplois jeunes.

Ces jeunes socialistes nʼont jamais eu de complexes face à leurs ainés et cʼest pour cela quʼils furent utiles. Parce quʼils surent bousculer leurs ainés, et apporter aux socialistes lʼimpertinence et la pertinence. Parce quʼils se mirent en danger. Parcequʼils inventèrent. Parce quʼils créèrent.

Benoît, Régis, Hugues, Gwénégan, Charlotte, David, Razzy, Antoine. En 15 ans,tous ont apporté à notre organisation des idées, un développement, une visibilité. Le bilan est positif mais nous sentons tous quʼil faut franchir une étape.

Notre organisation a 15 ans. Cʼest un cycle long en politique. Ce cycle était un cycle de fondation dʼune organisation autonome de jeunes.

Si des inégalités et des injustices sont présentes dans les deux mondes, le monde que connaissent les jeunes de 2009 nʼa plus grand chose à voir avec celui de 1994. Le rapport à lʼengagement a évolué. La manière de faire de la politique doit aussi changer.

Jʼai repensé récemment à toutes les occasions récentes où jʼai rencontré des jeunes et où jʼai compris des choses sur la société dans laquelle vit notre génération et sur notre génération elle-même, ses espoirs, ses colères, ses engagements.

Je pense à mes copains dʼécole et de lycée, fils dʼouvrier, de ma ville Saint Nazaire, qui rentrent tôt dans le monde du travail. Ils sont de gauche et pourtant ils ne sont pas au MJS.

Je pense aux étudiants à Nantes, qui sʼinvestissaient beaucoup dans des associations culturelles, de solidarité locale comme internationale. Ils sont de gauche et pourtant ils ne sont pas au MJS.

Je pense aux jeunes que jʼai pu croiser dans les formations BAFA, les maisons de quartiers, les assises de la jeunesse organisées par Léo Lagrange. Ils sont en colère contre cette société qui les exclu, ils rêvent dʼun autre monde, ils sont de gauche et pourtant ils ne sont pas au MJS.

Je pense aux jeunes dʼEpinay sous Sénart, petite ville de l’Essonne, de “banlieue parisienne” diront certain, où jʼai travaillé. Ils ont une sensibilité politique forte, ils sont de gauche et pourtant ils ne sont pas au MJS .

Je pense à ce curieux week-end dernier où jʼétais samedi soir avec une association culturelle qui rassemblait 200 jeunes aux visages multiples dans une salle à Paris autour dʼune fête célébrant les cultures du monde. Le lendemain, jʼétais avec des dizaines de jeunes spécialistes des nouvelles technologies dans un débat avec Howard Dean pour parler de la campagne dʼObama sur Internet. Ils sont de gauche et pourtant ils ne sont pas au MJS.

Tous ces jeunes, avec cette diversité dʼengagement, de culture, de codes, détiennent chacun les clefs de notre société, les clefs de la transformation sociale. Dans tous ces cadres, la plupart des jeunes se situaient à gauche. Bien peu sʼengagent finalement à nos côtés.

Ma première proposition est que nous nous donnions comme objectif que demain tous ces jeunes aient leur place dans notre organisation.

Il va falloir rêver chers camarades, parce que les seuls combats que lʼon est sur de perdre sont ceux que lʼon ne mène pas. Si aucun chemin nʼest facile, il nʼy a aucune barrière infranchissable. Je souhaite que nous ayons de grandes ambitions pour notre action.Nous ne devons pas avoir peur de douter, de connaître nos faiblesses, nos incertitudes. Je préfère quʼon se pose des questions plutôt que de sʼen tenir à des visions fantasmées de la réalité
.
Alors interrogeons la réalité. Partons de la vie que vivent les jeunes, tous les jeunes : le lycéen de 17 ans du Jura, lʼétudiant de 23 ans de Montpellier, lʼinfirmière de 25 ans de St Ouen, le chômeur de 22 ans à Caen. Regardons leurs vies, accueillons leurs initiatives. Proposons leur des cadres dʼengagement qui correspondent à leurs envies, à leurs attentes.

Donnons nous les moyens dʼêtre utiles, imaginons les idées de la gauche des années 2010, créons une organisation capable de peser avec suffisamment de force sur le parti socialiste et auprès des jeunes pour faire gagner notre camp en 2012.
Pour tout cela, pour être efficace, il va falloir changer en profondeur notre organisation : nous passons trop de temps à jouer des pièces de théâtre où chacun tient un rôle dans nos instances au lieu de travailler concrètement à la réalisation de
ce changement.

Je veux que nous nous fixions une règle entre nous pour tout ce processus de congrès. Aucune question, sur nos cadres de fonctionnement, sur nos règles, sur nos idées ne doit être tabou. Alors, lâchez vous ! Dites tout ce que vous nʼavez
jamais osé dire cet après midi et gardez en lʼhabitude pour lʼavenir.

Nous proposerons donc, cʼest notre responsabilité de groupe majoritaire ce changement à lʼorganisation toute entière. Je compte sur chacun dʼentre vous pour être respectueux de nos camarades des autres groupes que nous devrons à un moment associer à cette démarche pour quʼils voient la place qui sera la leur dans cet avenir commun.

Mes camarades. Nous pouvons, si on sʼen donne les moyens, faire quelque chose de très grand ensemble. Voilà le projet, voilà la démarche, que je vous propose de porter.

Notre gauche est en crise. Nous avons un devoir. Celui de ne pas attendre quʼelle aille mieux sans rien faire. Nous ne sommes pas des spectateurs. Alors, chers camardes, nʼayons pas peur de ce que nous pouvons créer. Cʼest nous. Cʼest notre responsabilité. Cʼest notre histoire. Personne ne le fera à notre place. Alors, oui dès maintenant, nous avons la main, et cʼest nous qui allons oser. Oser construire enfin la gauche dont nous avons toujours rêvé.

Cʼest un défi, cʼest à notre génération de le relever et ça peut être exaltant.

Et ça commence aujourdʼhui.

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