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Discours à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes


publié le 8 mars 2010 - Commentaire : 0 - Catégories : Egalité femmes-hommes


La journée pour le droit des femmes permet de donner un espace, avant tout, médiatique à la réalité souvent douloureuse des conditions de la femme en France et dans le monde.

On oublie trop souvent, au delà du moment de l’indignation à quel point la domination que subissent des milliers de femmes dans le monde s’inscrit dans la chair. Ce sont les viols et l’inoculation du sida comme arme de guerre en République démocratique du Congo. Ce sont les mariages forcés et le corolaire des lapidations des femmes adultères qui frappent en Afghanistan, et dans de nombreux lieux, où la domination patriarcale atteint son paroxysme… Ce sont aussi les avortements sélectifs à l’égard des filles, où l’abandon de celles-ci, à la naissance dans de trop nombreux pays d’Asie.

Cette dure réalité permet de souligner à quel point les droits conquis dans notre pays sont loin d’être le quotidien pour des millions de femmes à travers le monde et à quel point le combat féministe pour l’égalité et l’émancipation est universaliste.

Cette réalité ne doit pas nous faire oublier les inégalités pourtant persistantes dans notre pays.

Les femmes sont majoritaires et tiennent le haut de l’affiche mais pas dans nos assemblées, ni à la direction des entreprises et bien que trop rarement à la tête de nos listes lors des élections. Là où elles sont majoritaires, c’est dans l’occupation de contrats précaires et à temps partiels, elles sont majoritaires dans la pratique des tâches ménagères, et encore majoritaires chez les personnes âgées pauvres.

Majoritaires aussi dans la réussite scolaire. Les jeunes filles de ma génération ont fait tout ce que la société a demandé : aller à l’école, être studieuse,… et réussir deux fois mieux que les hommes. Première à l’école, bien plus nombreuses à obtenir le baccalauréat, bien plus nombreuses dans les mentions, bien plus nombreuses à l’université,… et pourtant les inégalités lors de l’entré sur le marché du travail ne cessent de perdurer.

C’est un peu comme si les jeunes filles subissaient une double peine. Comme tous les jeunes elles subissent ce bizutage social ; où c’est plus que pâte blanche, au sens propre comme figuré, qu’il faut montrer, pour trouver un emploi, un logement, une opportunité. Sauf que dans le même temps, elles doivent subir une société où l’égalité entre les femmes et hommes est certes proclamée mais peine à se réaliser.

La précarité étudiante, le fait que 50% des étudiants soient obligés de se salarier est un fait connu… mais il est bien plus simple d’ignorer qu’hôtesse d’accueil dans un bar, ou la prostitution estudiantine occasionnelle, ce n’est pas un phénomène marginal qui fait les gros titres de la presse. C’est une dure réalité pour chacune des jeunes femmes qui y succombent, ou à qui simplement parce ce qu’elle est femme on lui propose.

Pire que pire c’est la situation que subissent les jeunes femmes immigrés dans notre pays. Où quand à la politique nauséabonde de la droite s’additionne l’inégalité du fait de la condition féminine. C’est le fait d’être toujours suspecté de vouloir enfanter en France pour obtenir des papiers, mais surtout le risque d’expulsion si une fois mariée vous subissez des violences conjugales. Quel est ce gouvernement où le droit au divorce devient synonyme d’expulsion ? Ce pays qui ne garantit pas aux femmes en situation irrégulière de ne pas se faire expulser lors qu’elles vont porter plaintes pour violences conjugales.

Etre une jeune fille en France, c’est aussi malheureusement appendre à devoir cacher sa féminité. Une très proche amie me confier à plus de 25 ans à quel point avait été violent ces regards quand en 6ème, elle s’habillait en jupe comme elle le faisait à l’école primaire. Chez les enfants à 10-12 ans les insultes, les regards qui veulent tout simplement dire « salope » : c’est violent. Un collège entier à mettre des pulls amples, des pantalons de jogging cela vous marque une femme en devenir.

Mes chers amis, face à ces dures réalités d’ici et de là-bas, le féminisme n’apporte pas que de la dénonciation, de la résistance et de la colère. Le féminisme a toujours été et continue à être profondément festif, émancipateur, impertinent et même jouissif.

Bruler ses soutiens gorges sur la place publique, affirmer haut et fort « qu’il y a encore plus inconnu que le soldat : sa femme », le manifeste des 343 salopes : c’est autant de combats pour affirmer la maitrise de son corps, le droit au plaisir sexuel, le droit de s’habiller comme on le souhaite, le fait d’être une personne qui peut travailler, s’émanciper et être autonome et non pas seulement un ventre.

Quand des lycéennes lancent la journée de la jupe ou des journées des bisous face à des proviseurs tentant de renouer avec un certain ordre morale elles s’inscrivent, sans le savoir, elle même dans une longue tradition. Quand le groupe « la barbe » constitué de femmes silencieuses mais portant une fausse barbe viennent perturber des assemblés majoritairement masculines elles renouent avec l’impertinence du combat féministe.

C’est cette conception là, d’un féminisme de combat, ironique, impertinent et offensif que les jeunes socialistes décident de porter.

Ce sont des tee-shirts proclamant « UN ou UNE féministe cela ressemble à ca » pour montrer le visage des jeunes féministes à tous ceux qui pensent que c’est un combat du passé ou dépassé.

Ce sont des tracts provocateur où les femmes sont étiquetées comme en solde en terme de niveau de salaire.

C’est un tract à destination des lycéens et lycéennes affirmant « la contraception un droit dont je veux jouir » pour souligner l’indispensable politique de prévention des risques, d’accès à la contraception et bien entendu si nécessaire à l’IVG, mais qui ne doit pas occulter la conquête de la liberté sexuelle et delà maitrise de son corps.

Le féminisme que doivent porter les socialistes, il est pluriel.

C’est un féminisme de résistance quand nos droits sont attaqués et c’est pour cela que les socialistes sont au cotés des planning familiaux.

C’est un féminisme exemplaire où les socialistes ne feront pas la parité contrariée et forcée, mais par conviction qui passera forcément par la fin du cumul des mandats et l’accès paritaires aux têtes des listes et exécutifs.

C’est un féminisme d’éducation populaire que nous devons porter auprès des nouvelles générations. Depuis des années, le mouvement d’éducation populaire Léo Lagrange fait des formations dans les collèges et lycées pour déconstruire les schémas de genre. C’est faire prendre conscience, que de façon insidieuse, les jouets ou encore les images des manuels scolaires font perdurer la domination masculine.

Plus que jamais nous avons besoin que les socialistes portent le féminisme. Le féminisme ce n’est pas un combat des femmes par les femmes pour les femmes. C’est un combat de société pour l’égalité. Un combat socialiste tout simplement.

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