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Le lifting du Front national ne changera rien


publié le 15 janvier 2011 - Commentaire : 0 - Catégories : MJS


Tribune publiée sur lemonde.fr et co-signée avec Eléonore de La Varde, présidente de RéSo (Réformistes & Solidaires) ; Noe Pflieger, secrétaire fédéral des Jeunes Verts; et Sandra-Elise Reviriego, présidente des Jeunes Radicaux de gauche ;

Alors que le Front national (FN) se réunit en congrès les 15 et 16 janvier et que les partis d’extrême droite progressent partout en Europe, nous, citoyens engagés en politiques, nous n’oublierons pas.

Nous n’oublierons pas que l’extrémisme, s’il tente de changer de visage, porte toujours les mêmes idées nauséabondes.

Suède, Hongrie, Pays Bas, Autriche, Italie, Danemark, la plupart des mouvements populistes européens connaissent une progression. Là où l’extrême droite ne progresse pas dans les urnes, elle trouble le débat en imposant ses thèmes. A chaque fois elle utilise les mêmes recettes, peur de l’autre, islamisation, stigmatisation des minorités. Le lifting que va opérer l’extrême droite française n’y changera rien.

Le Front national sera toujours ce parti qui stigmatise et effraie puisque pour lui “demain les immigrés s’installeront chez vous, mangeront votre soupe et coucheront avec votre femme, votre fille ou votre fils” disait Jean-Maris Le Pen le 14 février 1984. La nouvelle figure du FN paraîtra sans doute plus avenante, moins brutale.

Changement d’époque, changement de ton. Il ne faut pas s’y tromper, la fille n’a rien renié du père. Elle ne s’est jamais éloignée de la ligne du parti. Tactiquement elle a recentré son discours sur les musulmans de France. Comparant le 10 décembre à Lyon leur présence à l’occupation, elle ne se distingue pas de la ligne du FN sur le plan de l’identité et de l’islam. L’extrême droite n’accepte toujours pas qu’on puisse devenir Français par une démarche volontaire.

Alors que la Hongrie prend la présidence de l’Union eropéenne, l’extrême droite (Jobbik) est devenue la troisième force politique du pays (16,7 %). La crise économique qui touche l’Europe ne peut nous servir de paravent. L’absence de projet européen clair et partagé a décuplé l’angoisse des peuples européens. Alors que l’Europe devait protéger et amortir elle a inquiété et alarmé. La gauche, dans toutes ses sensibilités, à toujours eu une réflexion sur l’Europe. L’idée européenne doit de nouveau être au cœur du débat politique.

Nous n’oublierons pas que, derrière son chef de file, la droite joue avec le feu.

Surfant sur les peurs et les angoisses, la droite n’a pas cherché à apporter des réponses. Elle a dévié le vote sans rassurer ni combattre. Par ce jeu dangereux elle a facilité la monté de l’extrémisme et banalisé son action. Jamais le repli identitaire et la méfiance envers les autres n’aura été autant encouragé par un président de la République. Peur de l’avenir, peur de l’autre, peur de l’étranger…

La montée de l’extrême droite française est plus qu’une erreur de stratégie électorale de la droite, c’est une faute de son leader. Bien sûr Nicolas Sarkozy n’a jamais prôné des alliances directes avec le Front national. Mais il a brouillé les cartes, perverti les messages. Reprenant des propositions de l’extrême droite, flattant son électorat, Nicolas Sarkozy a joué au pompier pyromane sans aucune gêne : “Pourquoi chercherais-je l’électorat du Front National ? Je l’ai déjà”, a-t-il annoncé le 30 juin 2005 lors d’un déplacement dans le Cantal. Il a développé sans complexe les thèmes portés par Jean-Marie Le Pen pour les traduire en actes, d’abord comme ministre de l’intérieur puis comme président. Immigration, stigmatisation des jeunes de banlieue, dénonciation de l’étranger… Pour le Front national, explique Jean-Marie Le Pen le 13 novembre 2005, “ce que dit Monsieur Sarkozy conduit les gens à penser que Le Pen avait raison”.

En chassant sur les terres frontistes, Nicolas Sarkozy a oublié ce qu’il avait lui-même déclaré au Journal du Dimanche en décembre 1997 : “Dans une démocratie, quand la droite n’est pas clairement identifiable, l’extrême droite prospère”.

Nous n’oublierons pas que c’est par la politique que nous vaincrons la montée des extrêmes.

Certains spécialistes es résultats électoraux pointent parfois l’absence visible des partis d’extrême droite dans une majorité de pays d’Europe occidentale, revendiquant, à titre d’illustration, des scores électoraux de ces formations politiques relatifs en Angleterre ou Allemagne. Faut-il rappeler les affiches islamophobes suisses de l’Union démocratique du centre (UDC) reprises en France par le FN, les slogans xénophobes hongrois du Jobbik, les déclarations racistes de membres du gouvernement italien, les publicités ultranationalistes néerlandaises du Parti pour la liberté (PVV) ou le jeu vidéo autrichien du Parti autrichien de la liberté (FPÖ) de destruction de minarets, pour comprendre que les populistes s’installent durablement dans les consciences ?

Faut-il de nouveaux 21 avril pour ouvrir les yeux et réaliser que l’extrémisme, loin d’être secondaire sur les scènes nationales, est aujourd’hui un de leurs moteurs ? Nous ne nous résignerons pas à attendre les échéances électorales pour comprendre que germent, ici et là, les graines de rhéteurs fanatiques. L’attentisme d’aujourd’hui est la responsabilité de demain.

Tant que la politique paraît impuissante à défendre les intérêts des peuples qu’elle représente elle entretient la peur et le repli sur soi. Trop longtemps la gauche s’est exonérée de la question nationale. Perverti par la droite et tendu comme un piège, ce thème a été exagérément absent de nos réflexions. Sans parole sur ce qui fonde notre solidarité et permet la cohésion de notre communauté politique nous avons laissé se développer un discours identitaire, fermé et menaçant. Nous ne pouvons plus longtemps esquiver, il nous faut combattre. A nous de porter une vision différente. De redéfinir un projet national et européen.

Eléonore de La Varde, Noe Pflieger, Sandra-Elise Reviriego, Laurianne Deniaud

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