“Sarkozy se moque de nous”


Source : Le Journal de Saône-et-Loire

À 28 ans, Laurianne Deniaud préside depuis un an le Mouvement des jeunes socialistes. Elle porte la voix de la jeune génération.

Le MJS milite pour l’inscription sur les listes électorales : comment faire revenir une génération souvent dégoûtée de la politique aux urnes ?
Notre message aujourd’hui c’est de dire : la seule arme qui reste pour faire changer les choses, c’est un bulletin de vote. Et ça doit se faire par la discussion sur le terrain, c’est pour ça qu’on a construit notre campagne autour du porte à porte.

Le nouveau militantisme passe-t-il nécessairement par Internet ?
Pour nous c’est une évidence. Quand on a des médias qui ne sont pas toujours très favorables à la gauche, notamment à cause de certains conflits d’intérêts, il nous faut être en capacité de créer nos propres médias et cela veut dire investir Internet, Twitter ou Facebook.
À partir de quel âge peut-on avoir une conscience politique un peu construite ?
Ça dépend des jeunes. Moi, je pense qu’à partir de 15 ans on a le droit de prendre position. Un jeune est responsable devant la justice à 13 ans, il peut adhérer à une association à 15, travailler à 16, pourquoi devrait-il attendre 25 ans pour qu’on le prenne au sérieux ?
Vous avez dit récemment que Nicolas Sarkozy “snobait” la jeunesse, qu’est ce que ça veut dire ?
Ça veut dire qu’il ne nous écoute pas. Il y a un côté très humiliant dans sa capacité à se foutre de nous. Lors de sa dernière intervention TV, il a esquivé toutes les questions sur les thèmes qui nous touchent directement. Ou alors il nous parle du service civique volontaire, qui est un scandale, un travail déguisé à 400 euros. Il essaye de nous vendre un RSA jeune, qui ne touche finalement presque personne. Il nous prend pour des abrutis
La gauche n’a-t-elle pas cru trop longtemps que la jeunesse lui était acquise ?
Si, peut-être. Moi, je dis souvent aux leaders du PS : le vote des jeunes n’appartient à personne et heureusement. On entend souvent parler au PS de crédibilité, de responsabilité. Être crédible et responsable aujourd’hui : c’est répondre aux attentes des jeunes, à leurs difficultés, pas autre chose.
Le MJS va-t-il soutenir un candidat aux primaires ?
Je ne pense pas. Le MJS, c’est l’organisation de tous les jeunes qui ont le cœur à gauche, elle n’appartient pas à sa présidente ou à ses adhérents, on n’a pas le droit de confisquer ça.
Vous ne comptez pas donner un coup de pouce à la jeune “garde”, plutôt qu’aux figures “historiques” du parti ?
La politique française, de manière générale, a besoin que ça bouge. Et évidemment, il doit y avoir une dynamique qui permet du renouvellement et d’inventer d’autres choses. La société a beaucoup changé ces 20 dernières années. On ne peut plus faire de la politique comme dans les années 90.
Le renouvellement ça veut aussi dire plus de femmes ?
La question du renouvellement concerne évidemment les femmes, mais il ne faut surtout pas oublier toute une génération de jeunes hommes. Aujourd’hui, quand un mandat “se libère”, on donne presque systématiquement la place à une jeune femme. Toute une génération d’hommes est en train d’en faire les frais. Je pense à eux et je pense aussi aux femmes, le féminisme a été mon premier engagement.
On voit en ce moment des pactes entre candidats, des rivalités qui émergent. On a l’impression que l’on va vivre une nouvelle foire d’empoigne. Est-ce que les jeunes ont envie de ça ?
Les jeunes n’ont pas envie que ce soit une tuerie. Nous croyons que les primaires peuvent être une très belle aventure, le MJS défend ce principe depuis 2006. Moi, j’ai hâte que les primaires commencent. Ce qui est insupportable, c’est cette période où les choses ne sont pas dites clairement, où on attend les programmes. Ça crée des tensions.
En 2007, la candidate Royal n’a pas vraiment été soutenue par le MJS…
C’est vrai, ça ne s’est pas très bien passé. Elle avait sa propre structure : la Ségosphere, on l’a mal vécu. Et puis on n’était pas d’accord sur certains points comme l’encadrement militaire des jeunes.
Mais aujourd’hui êtes vous prête à soutenir à 100 % le candidat qui sortira des primaires, même s’il n’est pas du PS, même s’il s’appelle DSK ?
Oui bien sûr. Moi je suis socialiste, le PS a décidé de faire confiance au peuple de gauche, je soutiendrai la démarche jusqu’au bout. Si DSK est désigné, je ferai la campagne de DSK.
Arnaud Montebourg a mis en place les primaires. Pour le MJS, incarne-t-il encore la nouvelle génération ou est-ce déjà “un ancien” ?
Très sincèrement, j’aime beaucoup Arnaud. Il fait parti des gens qui m’ont mis à l’aise dès le début de mon mandat. J’ai eu de grandes discussions avec lui sur les primaires, j’ai même obtenu des avancées : les jeunes de 15 à 18 ans, adhérents du MJS ou du PS, pourront voter, tout comme les jeunes qui n’auront 18 ans qu’en 2012. Je pense qu’il incarne un certain renouvellement dans la famille socialiste, comme Hamon ou Valls, mais j’ai aussi envie de leur dire : “vous êtes sympas les gars, mais vous avez déjà tous plus de 40 ans !” Ce n’est pas non plus la jeune génération, on peut avoir envie d’encore plus de renouvellement !
On peut être candidat aux primaires à 28 ans ?
Oui, rien ne l’interdit.
Alors qu’est ce que vous attendez ?
Je vais y réfléchir (rires).

One comment on ““Sarkozy se moque de nous”

  1. 6 janvier 2011 Aurélien

    Bonjour madame Deniaud.

    je suis votre parcours de près et j’aimerais savoir si vous confirmer votre venue à cet évènements annoncé sur le site de Désirs d’avenir:

    http://www.desirsdavenir.org/accueil-lassociation/les-comites/les-territoires-en-action/1775-uppmarseilleprotectionenfance.html

    je vous remercie madame
    Bonne soirée

    Aurélien

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