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Être féministe au 21e siècle (3/4)


publié le 11 mars 2011 - Commentaire : 0 - Catégories : Egalité femmes-hommes


Suite de l’article « Être féministe au 21e siècle » (2/4)

Mais être féministe au 21ème siècle, c’est aussi être tourné vers le reste du monde et peser de tout le poids de la France pour dénoncer la violence inouïe dont sont victimes des millions de femmes de par le monde.

C’est par exemple lutter contre l’excision partout dans le monde, et à commencer par la France où vivent plus 60 000 femmes excisées. C’est dénoncer au quotidien le fait que chaque jour en Egypte, plus de 3600 petites filles sont excisées. C’est être présent auprès des associations qui militent contre l’excision en France, par un travail de lobbying, comme dans les pays concernés, et ils sont nombreux, en accueillant les victimes mais aussi en effectuant un travail de sensibilisation vers les mères qui prennent la responsabilité d’exciser leurs filles. Parce que temps qu’au Burkina Fasso, au Sénégal, au Ghana, dans de nombreux pays d’Afrique Subsaharienne mais aussi en Indonésie et dans une moindre mesure dans les pays occidentaux, des millions de femmes seront mutilées dans leur corps et empêchée de vivre leur sexualité, nous pourrons cesser de nous mobiliser.

Se tourner vers les femmes du monde, c’est aussi lutter contre les mariages forcés. Ils sont légions dans de nombreux pays du monde, à commencer par la France, où le chiffre de 70 000 par an circule même si on ne dispose évidemment d’aucunes statistiques. Ailleurs dans le monde des centaines de milliers de jeunes femmes sont forcées à épouser un homme qu’elles n’aiment pas et souvent ne connaissent pas. C’est cette petite africaine de neuf ans qui se retrouve l’épouse d’un vieillard. Ce sont ces milliers de jeunes filles Russes, Turques ou issues du sous-continent Indien qui du jour au lendemain découvrent un homme et sa famille, souvent à des centaines de kilomètres de leurs parents, avec lequel elles vont devoir vivre et fonder une famille.

Tout comme l’excision, le mariage forcé incarne cette vision d’une violence inouïe de la femme comme objet de reproduction incapable de prendre du plaisir ou d’avoir des sentiments.

Etre féministe au-delà des frontières c’est aussi militer pour l’éducation des petites filles. En effet, dans de nombreux pays, les familles préfèrent souvent ne pas envoyer leurs filles à l’école afin qu’elles puissent dès leur plus jeune âge aider leurs parents aux travaux des champs et à tenir la maison, tandis que les petits garçons ont souvent plus de chance de poursuivre leur scolarité, jusqu’à un certain point évidemment. Or partout dans le monde, lorsque les femmes ne savent pas lire, elles font des enfants qu’elles éduqueront comme leurs mères l’ont fait avec elles. Lutter contre l’excision, le mariage forcé et toutes les violences faites aux femmes, c’est aussi éduquer des générations de petites filles qui devenues adultes refuseront de se voir traitées comme l’ont été leur mères et inculquerons ensuite à leurs filles les valeurs d’émancipation et de liberté. Et puis éduquer les petites filles dans des pays souvent en grandes difficultés économiques c’est aussi leur permettre d’avoir un emploi autre que l’agriculture et donc d’élever le niveau de vie et d’infrastructure de leur pays en devenant institutrice, médecin ou encore magistrate.

Être féministe au 21ème siècle c’est aussi lutter contre des phénomènes extrêmement violents qui se déroulent souvent sous nous fenêtres et sur nos boulevard.

Être féministe au 21ème siècle c’est lutter contre la prostitution en dénonçant cette pratique barbare, ce « premier métier du monde » qui montre bien que la société dans laquelle nous vivons à toujours considéré la femmes comme un objet sexuel ou un utérus. Lutter contre la prostitution c’est en finir avec la pénalisation des prostituées qui sont les premières victimes de ce que certains appellent leur « métier » mais surtout en finir avec les réseaux de prostitution, en finir avec ceux-là qui enlèvent des femmes de plus en plus jeunes dans les rues de Yaoundé ou de Sofia en leur promettant une vie meilleure en France, le pays des droits de l’hommes, où elles se retrouvent sur le trottoir après qu’on leur a volé leurs papiers, souvent battues et violées par leurs proxénètes. Je pense particulièrement à Ilana, cette jeune bulgare de 21 ans qui a quitté son pays pour les trottoirs de Paris et qui a eu le courage de témoigner dans un livre intitulé Histoire d’une prostituée grâce à Clara Dupont-Monot. Des Ilana il y en a des centaines de milliers, toutes n’ont pas la chance et le courage de pouvoir parler, au contraire, elles sont des milliers à finir par mourir sur les trottoirs des villes de France. Les socialistes devront être très clairs : oui, il faut démanteler les réseaux de proxénétisme mais il faut aussi interdire la prostitution car pour quelques exemples montés en épingle de femmes qui auraient fait le choix de se prostituer, mais est-ce un choix quand la misère et la faim vous forcent la main, on trouve des centaines de milliers de jeunes filles comme Ilana.

Être féministe au 21ème siècle c’est donc ne pas détourner le regard. C’est ne pas fermer les yeux non plus devant les nouvelles pratiques d’esclavage moderne, qui concernent le plus souvent les classes les plus aisées de notre société. Ne pas fermer les yeux sur ces jeunes filles qui parfois n’ont pas encore quinze ans, à qui on a promis de les accueillir en France et de les aider à faire des études, et qui se retrouve enfermées par des couples qui leurs volent leurs papiers et les font trimer sept jours sur sept sans salaire puisqu’elles auraient un billet d’avion ou un visa à leur rembourser ou tout simplement qu’elles devraient s’estimer heureuses d’être accueillies, nourries et logées en France sans avoir à payer quoi que ce soit ! Ne pas fermer les yeux devant le sort de ces jeunes filles souvent battues et violées, objets des sévices de leurs patrons. Lorsqu’elles parviennent à s’enfuir et à dénoncer leurs tortionnaires, ceux-ci sont sévèrement punis, l’arsenal législatif s’étant d’ailleurs élargit au fil des ans afin de répondre à la multiplication de ce type de pratiques. Mais elles sont nombreuses ces petites esclaves des temps modernes à ne pas trouver la fenêtre par laquelle sauter, la porte entrouverte par laquelle s’enfuir et à finir parfois par mourir sous les coups de leurs tortionnaires.

Il est donc primordial de donner plus de moyens à la police chargée de démanteler les réseaux d’enlèvements et d’esclavages modernes partout dans le monde. Il faut aussi donner aux associations comme le Comité Contre l’Esclavage Moderne les moyens d’agir, chaque année ses militants sauvent des centaines de jeunes femmes et les accompagnent ensuite dans leurs démarches tant pour porter plainte que pour obtenir des papiers, un logement ou un emploi.

Être féministe au 21ème siècle c’est aussi refuser d’être aveuglé par les discours de certains qui voudraient faire croire que l’égalité est une réalité et faire passer les militants féministes pour des hystériques qui défendraient la suprématie des femmes sur les hommes.

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