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Devoir de décence.


publié le 19 mai 2011 - Commentaires : 13 - Catégories : Socialisme


Depuis que je suis présidente du MJS, aucune situation ne m’a posé autant de questions concernant la manière dont je dois réagir et m’exprimer que cette « affaire » Strauss-Kahn. En tant que socialiste, je suis attachée à certaines valeurs et certains principes quant à la justice, la présomption d’innocence, le droit des femmes, l’attention aux victimes. En tant que militante, je connais et j’apprécie beaucoup d’amis et de camarades, qui ont parfois construit des années d’engagement, une vie militante, autour de leur attachement à Dominique Strauss-Kahn, que je vois peinés aujourd’hui et cela me touche. En tant que citoyenne, je vois des images télévisées qui ne peuvent que choquer. En tant que responsable politique, je me dois d’agir pour l’avenir, en responsabilité.

La présomption d’innocence est essentielle. Elle ne doit ni être l’alibi d’une condamnation médiatique d’office, ni conduire à banaliser la gravité des faits évoqués. Il est difficile de parler des différentes hypothèses évoquées, la version de DSK et celle de la victime potentielle, sans sembler en privilégier une.

Je suis cependant navrée par une partie du traitement de nombreux médias et certaines réactions politiques, qui amalgament tout, qui banalisent des sujets graves ou qui placent sur le même niveau cette affaire, des perspectives politiques, des questions passées et privées qui n’ont rien à voir. Ces considérations, ces propos lâchés au détour de phrases, ces « blagues », révèlent bien des hypocrisies, des connivences, au sein d’un pouvoir politico-médiatique, blanc et mâle, ayant des décennies de retard sur la société française. On a entendu parler de « détroussage de domestique », on a dit « qu’il n’y avait pas mort d’homme ». J’en ai eu envie de vomir.

La libération sous caution de DSK ne doit pas faire varier les socialistes d’une position prenant systématiquement à la fois en compte la présomption d’innocence et le respect de la vie d’une femme. Rien ne serait pire que de donner le sentiment, qu’on a parfois pu voir poindre, qu’il serait souhaitable qu’il y ait une justice plus douce pour les puissants et que dans ces cas, la parole d’une pauvre femme ne pèse pas aussi lourd qu’une solidarité de caste. Dès lundi matin, en répondant au Mouv’, j’ai voulu mettre en avant ces deux vies en jeu dans cet affaire, en les plaçant sur un pied d’égalité. Il est d’ailleurs injuste de dire comme on commence à l’entendre que les socialistes n’ont jamais exprimé cette attention, je fus loin d’être la seule à le dire.

Les sentiments peuvent cependant être contradictoires et j’ai moi-même ressenti de l’empathie pour DSK devant les images d’un système judiciaire éloigné de notre culture et de nos valeurs. J’imagine d’autant mieux le sentiment de ses amis plus proches et leur désarroi.

Mais c’est là que doit résider, et c’est difficile, la responsabilité politique. Les responsables doivent savoir dépasser leurs sentiments, leurs émotions, leurs amitiés pour savoir prendre des positions qui ne sont dictées que par le souci de faire avancer nos idées, de les mettre à l’épreuve des faits, de préparer leur arrivée au pouvoir.

François Mitterrand parlait d’un devoir d’indifférence. J’ai longtemps mal compris ces propos, les considérant comme trop cyniques. J’ai compris, devant ma télévision ou dans certaines réunions cette semaine qu’on pouvait y trouver une autre interprétation. Pas celle qui consisterait à ne pas avoir d’émotions, mais à savoir les dépasser.

C’est peut être plus facile pour des responsables de ma génération. Je n’ai pas travaillé, rencontré, échangé avec Dominique Strauss-Kahn comme je l’ai fait avec Martine Aubry, avec François Hollande, avec Ségolène Royal, avec tant d’autres.

Mais il est de notre devoir de préparer l’avenir. Il n’est pas contraire à la présomption d’innocence que de constater que, de fait, DSK est disqualifié des primaires et des présidentielles. Les socialistes doivent apprendre à vivre sans lui. Ne pas sur-réagir à chacun des épisodes et des sursauts qui viendront de la procédure, qui sera longue. Attendre la vérité de la justice, qui doit continuer son travail, sans sauter de joie ou pleurer. Parce que de légitimes réactions affectives peuvent vite devenir des indécences de responsables politiques pour tous les Français qui nous regardent.

Si la justice démontre que DSK est innocent, ce que je souhaite, on me reprochera peut-être de la froideur. Peu importe.

Je considère que c’est ma responsabilité et que c’est celle de tous les socialistes que de continuer à respecter ce devoir de décence et de poursuivre, dans le calme, comme dans la tempête, notre travail pour le changement.

13 commentaires - “Devoir de décence.

  1. Je trouve ce communiqué très digne et manifestant une maturité que je n’ai pas toujours rencontré dans les interventions de quelques notables politiques du Parti.
    Oui, ce qui est arrivé samedi dernier est difficilement qualifiable parce qu’il arrive à un Camarade, un ami, un responsable politique de premier plan et que l’on ne pouvait pas, un seul instant l’imaginer! Ce qui est arrivé à DSK pouvait arriver à d’autres, mais pas à lui!
    Et, dans un premier temps, “le complot” ne pouvait être que la première réponse!
    Mais, il y a aussi une femme qui s’est plainte, et qui l’a accusé et il a bien fallu l’entendre, puis admettre des éléments troublants dans la vie de DSK qui rendait cette agression plausible!
    Dans notre système judiciaire, au nom de la présomption d’innocence, il n’est pas certain que la voix de la Jeune femme “présumée victime” aurait pu être entendue!
    C’est sans doute aussi choquant que la médiatisation faite aux Etats-Unis!
    Victime ou pas! Coupable ou pas !
    C’est le second temps dans lequel on entre et des moyens financiers considérables vont être utilisés ! Sera-ce pour la vérité ou pour une vérité ?
    L’avenir nous le dira !

  2. dans un monde imaginaire, ce devoir de décence serait respecté. Mais avouons quand même qu’avec cette dictature de l’actualité et cette omnipotence des médias aujourd’hui, il sera difficile de ne pas réagir aux soubresauts de cette affaire. Nous sommes tous touchés en plein coeur par ce qui arrive, et quelque soit la formation politique, il est difficile pour nous en France de pouvoir accepter aussi ce qu’il se passe juridiquement aux USA, et surtout la façon dont cela est montré un peu partout. Nous venons de perdre une de nos meilleurs chances de pouvoir mettre en pratique nos propositions en 2012. Chaque élément qui pourra ne serait-ce que nous laisser un espoir de voir Dominique innocenté jouera et influera sur les primaires. Je n’étais pas le plus fervent soutient de ce candidat aux primaires, je suis aussi conscient de la gravité des faits, mais pour la première fois au choc, se mèle cette empathie.

  3. Bonjour Laurianne,
    merci pour ce billet très juste, aussi bien sur le plan éthique que politique.
    Je vous ai entendue le 8 mai aux Blancs Manteaux et votre discours m’avait déjà touché par sa fraîcheur, son engagement et sa lucidité.
    Le changement commence par nous-mêmes, merci d’y contribuer de la sorte.

  4. Bonkjour et merci pour cette excellente réflexion que je trouve particulièrement bien équilibré.
    Cependant je veux souligner le fait que des voix de femmes se sont élevées pour dire ce que beaucoup savaient mais ne dénonçait pas suffisamment fort même seulement à huis clos sans doute.
    Cette justice qui permet aux puissants de s’acheter une liberté même conditionnelle, je n’en veux pas pour la France, je trouve ça inadmissible socialement.

    Merci de ton propos

  5. Je suis vraiment touchée et rassurée de lire ces mots de la part d’une jeune responsable socialiste.

    Merci, jeune femme et socialiste, de les avoir écrits et publiés. Ce que nous vivons est effroyable et devrait nous inciter à réfléchir plus qu’à bavarder, mais ce qui m’effare (ou m’effarais avant de te lire) c’est le harcèlement des médias qui nous rebattent les oreilles sans rien apporter de nouveau, et certains responsables socialistes qui par leur déclarations/aberrations me faisaient craindre le pire pour l’avenir de notre parti mais aussi de notre pays.

    J’ai beaucoup apprécié ton intervention lors de l’UPP François Miterrand. J’espère dans la jeunesse (à mettre à l’honneur l’espagnole qui en ce moment dit avec d’autres mots et pour de raisons différentes ce que tu nous dis ici).

    Amitiés socialistes.

  6. Voilà une réaction que j’apprécie plus que celle qui est passée sur France 3 PDL. Tu y semblais totalement détachée de la réalité dans ton commentaire de “l’affaire”. A tel point que je me suis demandé si tu avais bien conscience du séisme politique dont l’épicentre est à NYC.
    Voilà une position plus en phase avec l’urgente nécessité de déconnecter le parti et l’avenir de la France de ce qui se déroule outre-atlantique et qui concerne un éminent socialiste mais en rien le parti, le projet… Et osons le même, les primaires pusique DSK n’y était pas candidat déclaré.
    Effectivement comme souvent, François Mitterrand est de bon conseil : appliquons le devoir d’indifférence.

  7. Je t’ai écouté pour la 1ère fois, Lauriane, le Dimanche 8 Mai à l’Espace des Blancs Manteaux Paris (4ème) invitée par Ségolène Royal à la Commémoration du 30ème anniversaire de l’élection de F.Mitterrand.
    J’approuve ta réaction claire et mesurée sur l’affaire DSK.
    Amitiés socialistes

  8. Ta réaction Laurianne est de nouveau très juste; de nouveau car j’avais apprécié ton intervention à l’UPP François Mitterrand. Je sui heureuse de voir monter des femmes responsables politiques qui n’éludent pas les sujets difficiles et s’expriment clairement et dignement.
    Oui, le parti est vivant sans DSK et plein de jeunes talents comme toi qui sont capables de le faire entrer dans le XXIème siècle. Oui, nous avons à connaitre les besoins des Français et à les traduire avec eux en propositions concrètes pour reconstruire la France dans son environnement d’aujourd’hui.

  9. je n’ai pas quant à moi ce devoir d’empathie qu’on peut se sentir obligé d’avoir en étant proche des instances dirigeantes du PS. Et je m’en tiens à distance prudente je l’avoue volontiers. En effet,d ‘une gauche un peu plus populaire (à défaut d’être populiste comme des individus si proches du peuple que Mr Valls peut apparaître…) que la vôtre, Mademoiselle, il ne m’a échappé que par delà les circonstances et les principes, si cette affaire revêt une telle agitation médiatique, c’est parcequ’elle concerne un puissant de ce monde… traité comme tout un chacun, ce qui, pour nous, humbles parmi les humbles, nous semble on ne peut plus normal. Doit-il y avoir deux poids deux mesures selon qu’on soit directeur du FMI ou pas ?

    Mais ce que j’écris là ne remet aucunement en cause le centre de votre intervention,e t ce nécessaire devoir de décence. Vous avez raison, je ne pense pas effectivement que tout cela soit à l’honneur ni de notre pays (bien qu’il s ‘agisse après tout d’un fait divers qui, s’il n’avait pas concerné DSK, ne serait pas autant monté en épingle) ni de la politique en général… et j’ai bien peur que cela profite au national populisme qui tend à faire ses choux gras de ce genre d’histoires en se gausssant… Montretout n’est pas loin.

  10. Très bonne analyse Félicitations sincères.merci pour l’avenir du PS. signé un militant septuagénaire.

  11. En ce qui me concerne, je dirai juste qu’il n’est pas à plaindre, d’une part s’il est coupable il na eu le traitement qu’il mérite et qui est réservé à tous les criminels notoires aux USA dont le système judiciaire et pénale est différent du nôtre (autre culture oblige) et d’autre part s’il est innocent, il n’a pas n’importe qui pour le défendre :Benjamin Brafman qui a défendu Puff Daddy et Michael Jackson et a la réputation soit de gagner les procès, soit de trouver un accord et William Taylor, l’un des dix meilleurs pénalistes de Washington. S’il est coupable, au pire il s’en tirera avec un accord et une caution a versé en dédommagement à la victime, au mieux il finira les 70 prochaines années en prison (s’il vit jusqu’à là)s’il est innocent ses avocats le démontreront, en même temps qu’ils auront sali la réputation de la femme de chambre, ce qu’ils feront de toute façon que DSK soit coupable ou non. Par contre, je pense que nous devrions plus penser à cette femme de chambre qui n’a rien demandé, dont toute sa famille se retrouve sous les flashs des paparazzi et des journalistes, dont la réputation va être salie et malmenée par les avocats de DSK qui feront fouiller ses poubelles,éplucheront toute sa vie pour découvrir une anecdote et mettre sa crédibilité en cause. C’est le pot de fer contre le pot de terre, d’un côté un homme politique qui a énormément de moyens financiers et donc largement suffisant pour s’en sortir avec une caution lors d’un accord avec le procureur, d’autre part une femme de condition humble vivant dans un quartier de New-York relativement dangereux, y essayant d’y élever son fils et qui a beaucoup plus à perdre que DSK dans cette histoire.

  12. Osons soutenir les féministes
    La version de la femme de chambre doit aussi bénéficier de la présomption de véracité.
    Et la dernière information donnée par la presse doit finir de nous en convaincre
    Ni JFK aveuglé par son copinage, ni Jack rassuré qu’il n’y ait pas mort d’homme, ni ceux qui mettent en avant la théorie du complot, ni les moins injustes qui invoquent la présomption d’innocence de DSK en ayant quand même un mot mais toujours à la fin et sans s’y appesantir sur la présumée victime n’ont pas je crois une position équilibrée.
    Les deux parties doivent bénéficier de la présomption de véracité. Et les blagues sexistes arrêteront peut être de fleurir

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