Mon discours à l’université populaire de Désirs d’Avenir


J’ai été invité par Ségolène Royal à son université pp consacrée au 10 mai 1981 aux cotés d’Yvette Roudy, de Pierre Bergé, de Dominique Bertinotti, de Charles Fiterman et de Jean-Louis Bianco

Je vous laisse découvrir la version écrite de mon discours :

Chers amis,

Ségolène, merci de m’avoir invitée cet après-midi. Avant de parler de François Mitterrand et au-delà de ce témoignage que je vais porter, je veux vous dire quelques mots sur les raisons de ma présence avec vous cet après-midi.

Je n’ai pas l’habitude de ne pas dire les choses clairement, alors je vais être simple. Parce que j’imagine que certains journalistes pourraient, si je ne les disais pas, dire demain dans leur papier “tiens, le MJS soutient Ségolène”. J’imagine aussi l’état de mon répondeur…

Présidente des jeunes socialistes, je suis présidente de tous les jeunes socialistes, quels que soient les choix qu’ils feront, tous, quels que soient ceux que je ferai, personnellement. Et je veux que notre famille politique soit unie demain, pour gagner, et c’est aussi la responsabilité des jeunes socialistes de préparer cela.

Ma présence ici n’est pas un soutien, mais c’est le témoignage de notre amitié sincère et de notre exigence, qui vaudra avec tous. Je répondrai aux invitations de tous les candidats aux primaires, j’interviendrai à chaque fois qu’ils me le demanderont, tous et toutes, parce que nous devons tous tirer les leçons de 2006, on a tous fait des erreurs à l’époque. On doit se respecter, s’écouter, débattre franchement et porter les idées mais sans blesser, sans porter d’attaques inutiles, parce qu’il faudra s’unir demain. On débat donc, mais toujours dans le respect et dans le “fair-play”.

Et demain, j’espère que dans les réunions de tous ceux ou de toutes celles qui voudront porter nos couleurs flotteront aussi des drapeaux des jeunes socialistes.

Parce que ce qui compte, c’est le pacte que nous proposerons aux jeunes de France, et nous poserons des questions, nous ne lâchons jamais rien sur nos propositions. Nous sommes une génération qui attend depuis longtemps, trop longtemps. Nous sommes cette génération qui attend et construit jour après jour le changement.

Comme toute cette “Génération changement” qui votera en 2012, je n’étais pas née le 10 mai 1981. Je lisais à peine, depuis quelques mois, quand les murs de France se sont couverts des affiches “Génération Mitterrand”.

J’ai eu la chance de grandir dans une France de gauche, avec à sa tête un homme qui avait défendu, avec tout son courage et toute sa détermination, l’abrogation de la peine de mort et la dépénalisation de l’homosexualité. Enfant et adolescente, j’ai écouté des radios libres grâce à François Mitterrand, comme Skyrock. J’ai davantage vu mes parents, aussi, car ils travaillaient une heure de moins qu’avant 1981. Nous avons passé ensemble, en vacances, une semaine de plus chaque année grâce à la 5ème semaine de congés payés.

J’ai grandi avec la gauche au pouvoir, avec un Président socialiste à la tête de la France, mais finalement, je ne m’en suis vraiment rendu compte que le 8 janvier 1996.

J’avais 13 ans, j’étais au collège et, comme des dizaines de milliers d’enfants et d’adolescents, je respectais une minute de silence, avec mes camarades de classe et mes professeurs, en hommage à l’ancien Président de la République. Nous étions tristes ce jour-là. 1996, c’est aussi l’année durant laquelle sont nés les plus jeunes adhérents du MJS d’aujourd’hui. C’est, pour eux, une histoire qui s’est toujours conjuguée au passé.

Car pour ma génération, pour les jeunes d’aujourd’hui, François Mitterrand, c’est d’abord l’Histoire avec un grand H, celle des livres, et des grands moments de la République. Parce qu’aujourd’hui pour des milliers de jeunes, les ministres de 1981, ceux qui étaient jeunes et qui construisaient la France à visage humain, Pierre Mauroy, Michel Rocard, Jacques Delors, Yvette Roudy mais aussi Laurent Fabius et Jack Lang, ce sont des noms à retenir pour une épreuve du Bac.

C’est aussi avec eux, et avec François Mitterrand à leur tête, que la France et les socialistes sont entrés dans cette histoire.

Très jeunes nous avions senti ce lien à l’histoire, à la grandeur, en 1989, quand, dans toutes les villes et les villages de France, nous fêtions le bicentenaire de la Révolution française.

Ces célébrations, voulues et souhaitées par Francois Mitterrand, c’était les écoliers en cocarde tricolore qui plantaient un arbre de la liberté dans le plus petit village de Brière, et c’était le visage noir de Jessye Norman chantant la Marseillaise, enlacée dans les plis du drapeau tricolore sur la place de la Concorde. De la Pyramide du Louvre à l’Arche de la Défense, du moulin de Valmy à la place de la Bastille et son nouvel Opéra, les yeux du monde étaient rivés sur la France, et nous sentions tous que nous appartenions à un pays porteur de valeurs qui nous dépassaient, et qui rayonnaient.

Nous aimons cette France qu’aimait François Mitterrand, nous aimons la France des arbres et des livres et nous aimons la France des cités et des quartiers, avec leurs larmes et leurs cicatrices. Nous aimons les plaines et les collines, nous aimons ce pays parsemé de cathédrales, qui est aussi parsemé de mosquées, de synagogues et de temples. Le premier pays des athées, ce pays qui a inventé la laïcité, et qui sait faire vivre dans son coeur la liberté de conscience pour que tous puissent y vivre ensemble, d’où que l’on vienne.

Vous avez aujourd’hui mis votre rassemblement sous le signe de ce drapeau bleu – blanc – rouge. Nous ne devons pas laisser ce symbole au Front National.

Nous sommes la France, et quand elle est grande, qu’elle reconnaît chacun de ses enfants, qu’elle rend fier chacun d’entre eux, ils brandissent naturellement haut ses couleurs. On pense à la France de la Révolution, à celle de 1945, mais aussi à la joyeuse France de l’équipe de 1998, qu’on appellait “black blanc beur”. Et on voit que la France rétrécit, et que l’on a de la peine à notre drapeau, quand on en vient à penser à des quotas et à des statistiques à partir de l’origine réelle ou supposée de jeunes qui veulent juste faire du sport.

Nous sommes les héritiers de cette histoire et de la Révolution. Ce sont nos couleurs qui se sont levées face aux monarchistes, aux guerres, au nazisme, au fascisme.

A Valmy, en 2006, les jeunes socialistes levaient déjà haut ces couleurs quand Jean-Marie le Pen tentait une OPA sur les symboles révolutionnaires. Personne ne se demande pourquoi le FN brandit si fort cet emblème. C’est pourtant simple. Ces héritiers de la vieille extrême-droite qui combattait la “gueuse” présentent avec zèle devant les caméras leurs faux-papiers de républicains, et cachent leurs skinheads. Aujourd’hui, avec Marine Le Pen, ils veulent faire “social”. Alors ils font pareil. Ils cachent leurs grandes maisons de l’Ouest parisien, ils cachent leurs amitiés avec les dictatures arabes, ils cachent les héritages et les parachutages, et ils parlent des ouvriers.

Nous ne laisserons pas nos couleurs à ces faussaires, nous ne devons pas les laisser faire, et François Mitterrand avait su conjuguer la France, la République, dans l’alliance du socialisme et de la liberté.

Mais pour ma génération, et pour tous les socialistes, François Mitterrand c’est aussi, après 10 ans de gouvernement de droite, un parcours qui doit nous inspirer pour l’avenir.

Et voici quelques petites choses que je garderais de ces quatorze années que la France a passé avec François Mitterrand, et dont je pense que les socialistes feraient bien de s’inspirer pour 2012.

Le renouvellement, parce que dans un pays où la jeunesse se mobilise chaque jour davantage pour défendre son avenir et inventer la société de demain, il est inacceptable qu’elle ne soit pas représentée à l’Assemblée Nationale et au Sénat.

Quel rapport entre Mitterrand et le renouvellement, me direz vous ? J’ai grandi, nous avons grandi avec cette figure, au-dessus de nous, d’un homme déjà âgé à la tête de la République, mais qui faisait souvent le choix de donner une grande place à des jeunes responsables.

On n’a jamais eu autant de jeunes ministres, d’équipes rajeunies, de jeunes conseillers brillants, de députés, de maires de grandes villes de trente ans que quand François Mitterrand dirigeait le PS puis la France. Ce que nous apprend François Mitterrand 30 ans après son élection, c’est aussi cela. La nécessité de nouvelles équipes rajeunies et dynamiques pour construire une victoire. La nécessité de faire confiance à la jeunesse pour mieux gouverner la France.

Les jeunes de France se sentent loin de tout cela. Combien y a t il aujourd’hui de gens qui comprennent ce qu’est leur vie sur les bancs de l’assemblée ? Combien de députés ou de ministres ont une idée concrète, vécue, des difficultés du logement et de la précarité ? Combien comprennent le quotidien d’une génération qui vit, aime, pleure, se mobilise, milite, échange en photos, en SMS, sur facebook et twitter ?

Nous devons prendre garde à cette distance car elle peut devenir colère, ou indifférence.

Parce que, quand la jeunesse ne se sent plus représentée, elle n’a plus confiance dans la politique, et que quand elle n’a plus confiance dans la politique, elle ne va plus voter, le renouvellement est une condition sine qua non pour rétablir la démocratie, face à l’abstention, pour construire la victoire en 2012. Il faut que la gauche sente vibrer en elle les énergies de la société et de la jeunesse d’une France qui a changé, qui s’est métissée, qui s’est numérisée, mais qui s’est aussi appauvrie et précarisée.

L’unité de la gauche. Quand certains craignaient de voir les chars soviétiques envahir les Champs-Elysées, François Mitterrand avait su, lui, construire une alliance avec le Parti Communiste, mais aussi rebâtir l’unité et la force du Parti Socialiste, depuis le Congrès d’Epinay, pour rendre possible la victoire de 1981. Nous avons aujourd’hui un parti qui se prépare, et une alliance rose – rouge – verte qui se dessine et qui travaille déjà dans nos régions, nos communes et nos départements.

Mais aussi l’audace d’un projet, et une grande idée pour la France
. Pour une France plus juste et plus forte, plus solidaire aussi. Aujourd’hui, il est temps pour nous d’aller plus loin, de faire preuve d’audace et d’inventer les conquêtes qu’on célébrera dans cinquante ans.

Il est temps d’établir l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes, partout, d’ici 2017 !

Il est temps d’encadrer les loyers et de diminuer le coût du logement pour permettre à tous de se loger décemment !

Il est temps aussi de refaire de la santé un droit accessible à tous.

Il est temps de faire l’adoption et le mariage pour tous les couples.

Il est temps d’arrêter les contrôles au faciès, de restaurer la confiance entre les institutions de la République, la police et les jeunes de France. Il est temps d’instaurer l’attestation de contrôle d’identité.

Il est temps, enfin, de mettre en place un parcours d’autonomie pour la réussite de tous les jeunes !

L’héritage de François Mitterrand, et ce que nous aurons appris ces quatorze années au pouvoir, c’est aussi cela : aller de l’avant et être ambitieux, pour construire une nouvelle République, une République irréprochable, une République au service de tous, une République qui nous appartient à tous.

La “Génération changement” attend surtout que l’on ne regarde pas cette histoire avec dévotion, comme on tourne les pages jaunies d’un album de famille. Elle espère que l’on comprendra que, ce dont la France a besoin, c’est qu’on lui donne le crayon, pour qu’elle puisse succéder à ceux qui firent les sauts de géant de 1789, 1936, 1945 et 1981, et écrire à son tour notre Histoire, et un message, un message que la France puisse adresser à nouveau avec fierté à tous les peuples de la terre.

3 comments on “Mon discours à l’université populaire de Désirs d’Avenir

  1. Vision à long terme, humaniste, qui prolonge la pensée Miterrandienne, dont nous avons hérité avec un certain bonheur…

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  2. 10 mai 2011 damien b

    Bonjour,
    J’ai lu sur le site de RMC que les jeunes socialistes souhaitent la fusion des universités avec les grandes écoles (qui a en outre déjà été bien engagée par la droite en ce qui concerne certaines écoles d’ingénieurs…).
    J’aimerais que vous m’expliquiez les motifs qui vous ont poussé à une telle proposition. Quid de la formation d’ingénieur française unique et reconnue dans le monde? A part pour progresser au classement de Shangaï quel sera le résultat positif?
    Des financements pour les écoles fusionnés aussi bas que ceux des universités? Ou ben au contraire une privatisation totale de l’enseignement supérieur avec les conséquences que cela va engendrer? (enseignement à deux voire trois vitesses, sélections par l’argent dans les universités). Tout cela me laisse perplexe…

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  3. 13 mai 2011 canton

    Bonjour, très content de connaître cette belle fenêtre, ouverte de si bonnes idées.
    Pour l’instant, juste une question : souhaites-tu des “réactions” ou l’amorce d’un débat ?
    Marcel CANTON, Dr Sc de l’EDUC Nancy 2 (03 29 36 54 95), Cons Pédag honoraire

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