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Quand les réseaux sociaux bouleversent les politiques


publié le 13 juin 2011 - Commentaire : 0 - Catégories : Socialisme


Je vous propose de retrouver ma tribune publier sur le site Le Plus du Nouvel Obs’ sur l’impact des réseaux sociaux sur la politique :

Depuis le début de l’année 2011, les révolutions arabes ont mis les réseaux sociaux tels Facebook et Twitter au cœur de l’actualité. Internet a également été mis à l’agenda médiatique à l’occasion de l’”e-G8″ convoqué par Nicolas Sarkozy en marge du sommet à Deauville. Pourtant, il y a été plus question de développer la surveillance sur la toile que d’accompagner la vivification de la démocratie par les nouvelles technologies. Ce qui constitue une erreur historique.

Historique, car il est aujourd’hui indispensable de prendre la mesure de l’écosystème qu’est le web, où les citoyens de tout âge et origine se parlent, s’organisent, échangent leurs expériences et dessinent un avenir commun. Les révolutions du “printemps arabe”, la mobilisation des jeunes indignés espagnols, et peut-être celle demain en France, sont l’exemple le plus flagrant d’un Internet accélérateur d’informations et donc de potentielles mobilisations.

Dans les événements historiques de ces derniers mois, les mobilisations se sont affranchies des formes institutionnelles qu’elles pouvaient revêtir habituellement. La vitesse et l’échelle de diffusion sans limite qu’offrent les réseaux sociaux semblent avoir donné aux mobilisations cette nouvelle dimension qui bouleverse l’ordre établi, qu’il soit dictatorial, gouvernemental ou même démocratique, comme en Espagne.

La gauche ne doit pas chercher à encadrer ce mouvement naissant, mais à comprendre ce qui pousse les citoyens – et notamment les plus jeunes – à se mettre en mouvement en dehors des organisations politiques et syndicales traditionnelles. Cela est d’autant plus vrai que les raisons des mobilisations ne résident pas dans les réseaux sociaux.

Ce n’est pas Internet qui a poussé les Tunisiens, les Egyptiens, les Syriens, les Algériens à descendre dans la rue, mettant en danger leur vie, mais la chape de plomb politique, sociale et économique qui pesait sur eux depuis des années. De la même façon, ce sont les injustices et l’austérité qui ont conduit les jeunes espagnols à la Puerta Del Sol. Mais en donnant à chacun la possibilité de devenir producteur et diffuseur de l’information nécessaire à la mobilisation, Internet a cassé le monopole des médias officiels. L’instantanéité et l’horizontalité du web sont donc des facilitateurs sans précédent dans l’histoire des conflits politiques et sociaux, avec lequel les partis devront compter à l’avenir.

French Revolution

La situation en France est aujourd’hui assez paradoxale : la situation sociale, économique et politique particulièrement dégradée d’une partie toujours grandissante de la population et l’absence de perspective pour la jeunesse pourraient conduire à une mobilisation de grande ampleur. Néanmoins, ce n’est pas le cas et la “french revolution” est restée plus que balbutiante malgré les quelques relais qu’elle trouve sur la toile. L’explication réside peut-être dans le fait que, contrairement à l’Espagne, elle n’est pas adossée à une élection. Le rejet des politiques et le désarroi social se traduisent aujourd’hui plus par une abstention massive des jeunes et des populations précaires, plus que par une occupation physique de l’espace public.

Abstention qui perdure et devient un silence entre deux élections, alors même que le pouvoir d’achat continue de baisser, que le gouvernement aide fiscalement les plus aisés et que la qualité des services publics se détériore du fait de la suppression d’un fonctionnaire sur deux.

Toutefois, il est indéniable que, comme en Espagne, les Français aspirent de plus en plus à un renouveau du débat public et de la vie démocratique, à une redistribution des richesses mais également des pouvoirs. La démocratie ce n’est pas seulement comme le prétendent certains un bulletin dans une urne une fois tous les 5 ans mais bel et bien la capacité des individus à maitriser leur destin individuel et collectif. Alors oui, nous disons dès aujourd’hui qu’il appartient aux représentants que le peuple se choisit de définir les règles du vivre ensemble et non aux agences de notations. Mais nous disons également dès à présent qu’il est impensable de vouloir construire la France des années 2020 et 2030 qu’avec les ministres et députés des années 1980 et 1990. La diversification des profils et des parcours des élus de tous les niveaux est indispensable pour permettre aux citoyens d’espérer à nouveau que leur vie puisse changer.

Enfin, une pratique du pouvoir différente, plus ouverte, plus participative, plus imaginative, ouvrant aussi un accès large aux données publiques sur le net est à construire. Les révolutions arabes, sans leader, montrent aussi que le monde numérique produit un monde de citoyens acteurs, plus nombreux à vouloir participer à la décision sans devenir pour autant des élus ou des responsables politiques.

L’émergence de ces sujets n’est malheureusement pas une évidence dans le débat politique actuel, la vivacité d’Internet et des réseaux sociaux peut donc être le moyen de les imposer à des femmes et hommes politiques encore largement frileux.

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