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La victoire est une étape.


publié le 14 mai 2012 - Commentaire : 0 - Catégories : Socialisme


Chers amis.

Est-il besoin de revenir sur la joie ressentie dimanche 6 mai ? La Bastille, comme toutes les places de France souriaient et criaient leur bonheur, ce soir-là, heureuses, surprises mêmes, de leur propre force, de leur solidarité et de leur soulagement de sortir d’une période difficile qui durait depuis plus de dix ans. L’aspiration au changement a ce soir là surpassé les tentations du repli et du rejet.

Une semaine après l’élection de François Hollande à la présidence de la République, il est temps de lancer quelques analyses de la campagne, de ce scrutin et de leurs leçons. Elles ne seront pas exhaustives, d’autres excellents regards s’étant déjà posés, en particulier sur les questions économiques, sociales et internationales. Je m’intéresserai essentiellement à quelques points qui ont peut être été moins abordés.

Je commencerai par souligner l’importance du vote des jeunes. Les chiffres des différents instituts montrent tous qu’au vu de l’écart entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, le vote massif des jeunes (autour de 60%) en faveur du candidat de la gauche a été absolument décisif. Ce phénomène a été particulièrement fort dans les quartiers populaires et les scores dans certaines communes de banlieue parisienne sont particulièrement impressionnant (78% à Saint-Denis, 72% à Clichy-sous-Bois, 71% à Evry…).

Sans cette mobilisation, François Hollande n’aurait pu être élu. Face à la dégradation continue de la situation faite aux jeunes, à la précarisation et à la montée des tensions, le choix courageux  de François Hollande de faire de la jeunesse une priorité a été à la fois juste et efficace.

Ce résultat est aussi l’aboutissement du travail politique et militant de plusieurs générations politiques. L’engagement citoyen d’une grande partie de ma génération est née entre le 21 avril 2002 et le mouvement contre le CPE en 2006. Beaucoup furent également marqués par les émeutes dans nos quartiers fin 2005. Cette génération a retrouvé dans cette campagne la validation de beaucoup d’analyses et de propositions que la jeune gauche politique, associative, syndicale et citoyenne portait depuis longtemps et a affiné ces dernières années.

A cet égard, je suis particulièrement fière du travail de propositions et de conventions que nous avions engagé avec les jeunes socialistes il y a 3 ans maintenant. Le 2 avril 2011, après ces conventions et une consultation auprès de plus de 30 000 jeunes sur 21 propositions, nous établissions 8 priorités.

Plusieurs d’entre elles ont été portées dans le projet de notre candidat et ont suscité le débat. Elles sont, sous des formes diverses devenues des marqueurs structurants de la proposition politique de notre candidat.

L’égalité salariale femmes-hommes, l’encadrement des loyers, le parcours d’autonomie, l’insertion professionnelle, la lutte contre le chômage et les bas salaires avec la taxation de l’emploi précaire et des emplois d’avenir, le combat contre les contrôles d’identité au faciès, la lutte contre la corruption, l’accès à la santé et à la gratuité de la contraception pour les jeunes femmes…

C’est une étape importante pour toutes celles et de tous ceux qui ont élaboré, débattu et porté des propositions et qui étaient parfois peu nombreux au départ que de les voir partagées par la majorité de la France. Nous les avions défendu dans le parti et dans les débats. Il a fallu mobiliser et convaincre en interne. Nous avons fourni arguments, données, notes… Et tous ont porté ce message chez les jeunes de notre pays. C’est aussi le résultat de la confiance que notre candidat et notre première secrétaire nous on fait.

La campagne menée par les jeunes socialistes, par Thierry Marchal-Beck et toute son équipe furent absolument remarquables et ils doivent en être remerciés et félicités.

Je veux aussi saluer toutes les associations, les bénévoles, les experts, les citoyens qui se sont investis à nos côtés, qui ont participé aux efforts de réflexion ou de mobilisation.

Dans cette campagne, il y a eu à nos côtés des dizaines de personnes de talent qui ont contribué, par des notes, par des idées, par leur expertise et c’est l’occasion de les remercier pour leur travail et leur engagement.

Cette priorité à la jeunesse a convaincu non seulement les jeunes, mais très souvent leurs parents. Combien de fois, dans cette campagne, ai-je vu, dans les salles des fêtes, sous les chapiteaux, dans les réunions publiques, des parents ou des grands parents émus acquiescer quand on évoque les efforts faits pour aider la génération qui vient à vivre mieux, pour payer les études ou l’appartement. Cet vision du rêve français a aussi été un des leviers du vote François Hollande, pour ressouder les générations entre elles plutôt que de les opposer.

Il faut maintenant concrétiser cet espoir.  La volonté qu’a exprimé François Hollande d’être jugé à la fin de son mandat à l’aune de la place faite aux jeunes de France est un signe fort de ce point de vue.

Mais tout n’est pas rassurant dans la France que nous laisse Sarkozy et dont les résultats du premier et du second tour de la présidentelle portent aussi le témoignage. Je parle de l’extrême-droite. Parce que le candidat sortant, par des simples raisons de calcul électoral a choisi d’abattre, quelqu’en soient les conséquences, une par une toutes les barrières qui existaient avant pour certains d’entre eux avec le front national. Il a fait l’apprenti sorcier. Le pompier pyromane qui joue la terre brûlée.

Il y a eu le débat sur l’identité nationale. Il y a eu les propos racistes de certains ministres. On a plus parlé de viande Halal dans cette campagne que des Français qui n’ont plus les moyens de s’acheter de la viande. Les explications du vote FN sont multiples, les peurs liées à la mondialisation, la violence sociale et l’exclusion, mais nous ne devons pas oublier pour autant que le racisme et la xénophobie existent en France, il n’est pas interdit de le dire.

Le combat contre l’extrême-droite ne s’arrête pas après la présidentielle. Nous devons aller parler aux citoyens, à tous les citoyens. Y compris ceux qui ont voté FN. Sans renier nos convictions, nos valeurs. Sans céder un pouce sur le droit de vote des étrangers aux élections locales, sur la lutte contre les discriminations. En parlant de nos propositions pour le pouvoir d’achat, pour le logement, pour l’essence, pour réorienter l’Europe, pour l’industrie. En cassant des mythes aussi sur nos mesures, qui ne privilégient pas les cités par rapport aux autres territoires, mais qui se battent pour les services publics et l’égalité. Et pour leur dire de ne plus se laisser avoir à l’avenir par cette escroquerie politique.

Parce que, je l’ai déjà dit à Paris le 2 avril, et à la Rochelle, le FN, je parle de ses dirigeants, c’est un parti de lâches et il faut le dire. Et leur chef, Madame le Pen, est aussi dans cette lâcheté. Lâcheté de celle qui n’a connu que l’ouest parisien, les cabinets d’avocats et le parti politique dont elle a hérité. La lâcheté de celle qui dit defendre les travailleurs, les opprimés alors qu’elle n’était pas dans la rue pour défende nos retraites, et que ses amis soutiennent le régime tortionnaire de Bachar El Assad. La lâcheté et le mensonge d’un parti qui se voudrait “présentable” qui se lie d’amitié chaque jour avec des sites dégueulasses vomissant le musulman, diffusant la haine et suintant le racisme.

Nous ne laisserons pas l’extrême droite faire croire que c’est elle qui s’oppose aux intégristes. Elle soutient l’intégrisme catholique qui refuse le droit des femmes à disposer de leur corps. Elle veut soutenir les écoles privées contre l’école publique. Elle est un intégrisme qui surfe sur le rejet et la peur d’une autre religion.

Nous pouvons parler de l’Islam sans avoir peur et nous devons en parler et nous devons aussi écouter ce qui se passe dans le monde musulman. Il y a un intégrisme musulman, mais il y a aussi un islam progressiste. Nous avons des alliés et des adversaires, comme nous en avons toujours eu. Le paysage de la chrétienté en France va bien des commandos anti-IVG à la jeunesse ouvrière Chrétienne, en passant par la CFTC et Télérama.

Admettons que cela puisse être pareil pour une autre religion, n’ayons pas peur de nos amis, combattons nos adversaire avec force. Il y a des combats à l’oeuvre, des lignes de front dans le monde musulman. Et nous y avons des amis et des ennemis, dans un combat qui est international et qui dépasse les frontières géographiques, parce que nous vivons dans un monde ouvert. Et il y a des laïques et des modérés face à des extrémistes. Nous sommes les amis de ceux qui se battent contre les salafistes en Tunisie qui brûlent le drapeau tunisien et qui font le coup de force dans les universités. Nous sommes les amis du président Marzouki quand il se rend à la synagogue de la Ghriba à Djerba pour montrer qu’il est président d’un pays où vivent ensemble plusieurs religions. Nous sommes les ennemis de ceux qui veulent imposer leurs vérités révélés aux femmes.  Nous sommes des laïcs pragmatiques ouverts et exigeants et nous nous n’avons aucune faiblesse face aux dérives extrémistes. Les amis de Tariq Ramadan ne sont que les acolytes musulmans des amis catholiques intégristes de Marine Le Pen.

Nous pouvons assumer tout cela car nous ne devons pas laisser se développer un débat où la question de l’Islam serait confondue avec toutes les questions de sécurité, et d’immigration, ce qui est un piège et ce qui n’est au fond pas la question. Nous avons d’ailleurs vu lors du débat un candidat sortant qui était d’ailleurs incapable de distinguer un musulman d’un nord-africain, et qui attribuait par défaut l’islam à l’étranger.

C’est un amalgame. Et comme d’autres, plus violents encore, la gauche a raison de les dénoncer, parce qu’il est stigmatisant pour toutes celles et tous ceux, qui en raison de leur origine, ne sont plus regardés que comme des musulmans extrémistes, quelles que soient leur conviction et leur conscience. La gauche a raison de vouloir engager le combat contre les discriminations et doit mettre des mots sur chacun de ces maux pour expliquer son action.

Ce défi me semble essentiel : au-delà de la réorientation des politiques européennes, de notre réussite sociale et économique, du succès de la priorité faite à la jeunesse, la France a besoin de se regarder davantage telle qu’elle est réellement.

Aujourd’hui, l’essentiel n’est pas dans la place qu’auront les uns ou les autres, car quelque soit son rôle, chacun pourra et devra agir pour le changement.

Nous devons, quelque soit notre responsabilité, notre engagement, continuer d’être exigeants avec nous-mêmes. Nous devrons aussi nous battre, soutenir, pousser le mouvement car qu’il s’agisse de sujets économiques ou de société, des rapports de forces et d’influence auront lieu dans la société française.

Nous devrons être en action, dans la sphère politique comme dans toute la société. D’autres batailles commencent, celles de la transformation et des réformes. Elle ne pourront être gagnée que si la société pousse le changement de toutes ses forces. Ce n’est pas la seule affaire du politique. Il faudra des syndicats, des associations, des citoyens inventant de nouvelles formes d’actions, pour mettre des sujets à l’agenda, pour combattre les conservatismes, pour lancer des débats et porter le changement sur tous les terrains et à tous les niveaux.

Pour toute une génération, c’est la première fois que la gauche accède aux responsabilités. Cela ne doit pas inhiber notre créativité, notre énergie et notre imagination pour les 5 ans qui viennent, bien au contraire.

En juin, aux législatives, il faudra donner une majorité au changement pour transformer l’essai et rendre possible cette alternative.

Notre action sera observée dans toute l’Europe comme un indicateur de ce qu’il est possible de faire ou non. Dimanche, il était émouvant de voir qu’à nouveau les regards du monde se tournaient vers la France. Il s’agit désormais d’être à la hauteur.

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