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Mariage, adoption, PMA, le temps de l’égalité.


publié le 21 octobre 2012 - Catégories : Socialisme


Le débat sur le mariage et l’adoption pour tous approche.  La gauche va, comme une nouvelle fois dans son histoire, faire avancer la société en mettant fin à des injustices, à des inégalités et en donnants des droits aux citoyens de notre pays. Comme elle le fit en apportant ses voix pour soutenir l’accès à l’IVG, en mettant fin à la pénalisation de l’homosexualité, en luttant pour l’égalité femmes-hommes, avec la parité, avec l’instauration du Pacs et pour tant d’autres combats. Nous le faisons parce que nous ne croyons pas qu’il existe une loi naturelle ou révélée qui imposerait à des citoyens une certaine manière de vivre leur corps, leurs vies, leurs amours, leurs projets de vie. Nous croyons à la primauté de la civilisation, de la culture, des choix et des vies sur le simple fait biologique.

Le débat qui se pose aujourd’hui à gauche est un débat de fond sur la portée de notre action et de stratégie. Il se cristallise à gauche sur la question de la PMA.  Je suis favorable à ce que la loi sur le mariage pour tous soit l’occasion d’ouvrir immédiatement l’accès à la PMA aux femmes sans condition de couple ou de stérilité. Pour plusieurs raisons.

D’abord parce que cet engagement vient de loin. Election après élection, congrès après congrès, marche des fiertés après marche des fiertés, au MJS, au PS ou avec HES, il est devenu partie intégrante de notre engagement devant les Français. Les Jeunes socialistes avaient toujours été en pointe sur le sujet. Je me souviens ainsi avec Razzy des 12 propositions pour 2007  , de la contribution d’HES au congrès de Reims, très largement signée, et de bien d’autres textes ou manifestations. François Hollande lui-même s’est engagé pour l’accès au mariage, à l’adoption et à la PMA pour les couples de femmes dans la campagne.

Ensuite, parce que la réalisation d’un projet parental n’est pas liée à la stérilité.  Rien n’interdit aujourd’hui à un célibataire d’adopter. Au nom de quelle vision du contrôle social du corps des femmes interdit-on qu’elles puissent devenir mères si elles le souhaitent ? Pourquoi seuls des couples hétérosexuels pourraient ils bénéficier de ce droit au soutien de la science pour la réalisation d’un projet parental ?

Je ne confonds pas cette question avec celle des mères porteuses, la « gestation pour autrui »,  parce qu’elle pose  d’autres questions, sur la marchandisation et l’utilisation du corps des femmes par des tiers. Mais le choix d’autoriser la PMA ne saurait entrainer de confusion.

La question stratégique qui se pose recouvre plusieurs aspects. Comme à chaque fois qu’un sujet dit « sociétal » se pose, on entend des voix expliquer qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une priorité face à un contexte social compliqué et que le sociétal ne doit pas prendre le pas sur le social.

A cette aune, bien des réformes qui ont permis d’avancer vers l’égalité n’auraient pas été réalisées. Le droit de vote des femmes était il prioritaire alors qu’il fallait reconstruire la France en 1944 ? L’accès à l’IVG était il prioritaire alors que la France affrontait le choc pétrolier dans les années 1970 ? L’abolition de la peine de mort, la dépénalisation de la société ont-ils empêchés la cinquième semaine de congés payés et les 39H ? Le Pacs a-t-il été incompatible avec la CMU ou les 35H ?

La PMA ou le droit de vote des étrangers aux élections locales ne nous empêcheront pas de nous mobiliser pour une loi contre les licenciements boursiers ou contre les dépassements d’honoraires par exemple.

Ne nous y trompons pas : si on peut considérer qu’il faut aller plus loin, plus fort ou plus vite sur les sujets économiques ou sociaux, et se mobiliser pour cela, les opposer à la mise en application de nos valeurs est improductif. Car c’est aussi en créant et en poussant partout pour une société où l’égalité est insufflée dans chaque espace que nous créons un environnement favorable à nos idées.  Ce sont les deux faces d’un projet de civilisation qui doit rassembler le social et le sociétal. Le populaire n’est pas l’opposé de la lutte contre les discriminations ou pour l’égalité. On pourrait aussi appeler ça « la bataille culturelle » 😉 .

On a souvent raillé les propos de Jack Lang en 1981, quant il évoquait l’ombre et la lumière, mais on a trop oublié ce qui précédait cette image :

Ce Gouvernement ne compte pas un ministre de la culture, mais si je puis dire, quarante-quatre ministres de la culture, car chacun à sa manière peut apporter sa contribution à ce projet d’ensemble. Par chacun de ses actes, chaque ministre contribue à ce projet. Culturelle, l’abolition de la peine de mort que vous avez décidée ! Culturelle, la réduction du temps de travail ! Culturel, le respect des pays du tiers-monde ! Culturelle, la reconnaissance des droits des travailleurs ! Culturelle, l’affirmation des droits de la femme !

Dans le combat qui vient face à la droite, qui se mobilisera sous différentes formes pour bloquer les changements dans la société,il est essentiel que le ps puisse porter cette orientation.

C’est essentiel, car si nous intériorisons les attaques de la droite, découpant en tranches nos réformes pour espérer les porter plus facilement, nous risquons surtout de renforcer sa mobilisation contre nos projets. Nous devons assumer le combat culturel qui doit porter nos projets et le PS ne doit pas hésiter à être l’avant pont du gouvernement en ce sens, défendant bien sûr l’action du gouvernement, mais lui ouvrant aussi le terrain, pour porter à pleines voiles ses projets, voir aller au delà. Et mobiliser les Français qui partagent nos convictions. Parce que si nous ne mobilisons pas largement le peuple des primaires, les progressistes, nous ne seront pas assez forts dans tous les affrontements avec la droite qui sont devant nous.

C’est pour cela que le congrès de Toulouse le week-end prochain sera important : parce qu’il sera l’occasion de montrer comment notre parti peut demain impulser ce mouvement pour le progrès.

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