Le patrimoine de la Reconstruction, un socle à réinventer pour l’avenir de nos villes


 

Colloque des 6 et 7 octobre 2015
Colloque des 6 et 7 octobre 2015

Saint-Nazaire a accueilli pendant deux jours un colloque consacré au patrimoine des villes de la Reconstruction et à l’héritage qu’elles doivent gérer aujourd’hui. Merci aux services de la Carène et de la Ville qui ont permis l’organisation de cette journée, aux villes partenaires. Merci à nos invités, notamment à Daniel Goldberg, député et rapporteur de la loi Alur et à Nathalie Apperé, Maire de Rennes. J’ai voulu vous partager mon intervention dans la première plénière de ces journées. Un reportage a également été réalisé par France 3.

En reconstruisant nos villes, les élus, les urbanistes et les architectes qui ont travaillé après la guerre ont agi avec une certaine idée de la ville et de la société. Après les souffrances et les destructions, ils ont cherché à apporter le progrès, à travers l’accès au confort, à l’hygiène domestique, à travers la recherche des instruments de la prospérité. Cet héritage est une chance. D’autres villes n’ont pas cela. Nous voyons aujourd’hui, ailleurs dans le monde, des façons de faire, ou de laisser faire  la ville qui nous interrogent. Des cubes de verre climatisé entre mer et désert. Des océans de pauvreté séparés d’îlots de richesses par des autoroutes à quatre niveaux… Ce n’est pas notre idée de la ville.

Notre monde a changé, des problèmes nouveaux nous concernent, mais nous devons garder, à travers la manière dont nous questionnons, nous secouons, nous réinventons notre héritage, nous devons garder cette idée que nos rues, nos murs, nos villes, sont un patrimoine partagé au service de ceux qui y vivent. Les valeurs que nous inscrivons aujourd’hui dans nos projets, pour la vie ensemble, pour l’écologie, pour une économie de proximité, sont aussi le témoignage qui restera demain de notre époque. C’est l’honneur de la démocratie de prendre le temps du partage, du débat, de l’intelligence collective pour être tous ensemble à la hauteur de cette mission.

Laurianne Deniaud

Le texte de mon intervention 

Avant de vous parler de la stratégie que nous avons choisi d’engager à Saint-Nazaire, je veux vous dire quelques mots sur la façon dont le patrimoine, l’urbanisme issu de la reconstruction s’inscrit dans notre présent, avec ses atouts, mais aussi avec les défis qu’il crée aujourd’hui.

A Saint-Nazaire, la ville d’avant-guerre, c’est un centre d’inspiration largement issu du Second Empire, avec ses grands édifices monumentaux, évoquant les pouvoirs locaux et centraux, ses axes dégagés les reliant, les grandes infrastructures de transport, la gare, le port… Ce sont des immeubles abritant à la fois, commerces, activités et logement.

Si la guerre a fait table-rase de plus d’une partie significative de notre centre-ville, toute la ville ancienne n’a pas disparue. Les idées du mouvement moderne s’appliqueront donc à la reconstruction, en conservant une grande partie de la trame des axes et des rues de la ville.

Soixante ans après, les mutations de la société, le vieillissement d’un bloc de ce bâti nous pose de nombreuses questions, je nous en pose quelques unes :

  • Quelle approche de l’habitat, face à des logements conçus pour des familles des années 50 qui ne ressemblent plus aux nôtres ?
  • Quelle approche des transports et de la voiture, toujours face à cette exigence écologique qui devient économique dans une ville largement pensée pour l’automobile, avec des axes larges, des lignes claires ? Il y a une forme d’accoutumance à une ville où l’on peut circuler et se garer partout…
  • Comment faire vivre un centre-ville dynamique, attractif, avec moins de densité que dans d’autres villes ayant préservé un centre historique plus dense et avec l’évolution des modes de consommation ?

Vous l’avez compris: les difficultés auxquelles nous avons choisi de nous attaquer concernant l’attractivité du parc de logement issus de la reconstruction ne sont pas toutes liées aux qualités propres du bâti, aux questions de son vieillissement au regard des modes de vies, son coût énergétique ou une accessibilité insuffisante… Comme beaucoup de villes moyennes, Saint-Nazaire fait face à des phénomènes d’érosion commerciales du centre-ville dus aussi aux habitudes de consommation, à Internet, aux centre commerciaux…

Le bâti de la reconstruction n’est pas seul responsable non plus des évolutions démographiques, du départ de nombreuses familles avec jeunes enfants des centres vers les périphéries, ou du nombre moyen de personnes par foyer qui, en diminuant, fait qu’il faut plus de logements pour loger autant de personnes.

C’est donc l’addition de ces défis auquel nous sommes confrontés. Mais il n’y a aucune fatalité et nous avons donc choisi d’agir sur deux volets :

  • Intervenir pour rendre de nouveau plus attractif l’habitat en centre-ville
  • Construire un plan global pour la redynamisation économique et sociale du centre-ville.

Ces deux voies se tiennent l’une l’autre…Un centre ville vivant, c’est un centre ville dans lequel on a envie d’habiter, un centre ville peuplé, c’est un centre ville qui assure du trafic pour les commerces et de la vie de proximité. C’est pour cela que nous menons ces deux chantiers de front.

 

  • Rendre plus attractif l’habitat en centre-ville

Sur ce premier point, il faut faire face à une réalité : les copropriétés des immeubles de la reconstruction font face au vieillissement du patrimoine, ce qui engendre des coûts parfois importants sans compter les difficultés juridiques.
Notre intervention s’organise donc autour de deux logiques principales :

  • La première est d’accompagner et soutenir dans la durée les propriétaires et copropriétaires  privés qui doivent rester les acteurs du développement de leur patrimoine immobilier, du réinvestissement des cœurs d’îlots…  Un plan d’action porté par la communauté d’agglomération au titre de sa compétence habitat est engagé dans ce sens.

Nous avons une chance, c’est que ces biens ne sont pas très chers sur le marché. Et même après des opérations de rénovation, qu’elles soient menées par la ville ou par des privés d’ailleurs, nous pouvons garder des prix attractifs.

En parallèle, nous utilisons toutes les parcelles de foncier public qui nous le permettent pour lancer des opérations neuves de qualité pour pour susciter  l’arrivée de nouveaux habitants dans le centre.

2) Redynamiser le centre-ville
Et c’est essentiel. On doit avoir des raisons de venir en centre ville, et l’expérience que l’on va y vivre doit être différente de celle qu’on vit ailleurs et complémentaire par rapport à celle qui peut nous être proposée dans un centre commercial de périphérie.

C’est un projet stratégique pour le centre ville en 6 axes que nous avons décidé de mettre en place

1) Dynamiser nos commerces

 

Le premier axe, c’est la dynamisation de nos commerces. Nous avons redéfini le périmètre du centre ville marchand pour concentrer notre action.  Nous avons recruté un manager de centre-ville, nous  nous donnons les moyens de développer l’acquisition de cellules via la concession de notre SEM,  nous venons de mettre en place la taxe sur les locaux vacants, nous travaillons à l’amélioration du jalonnement commercial…

2) Encourager l’emploi

Le second enjeux, c’est d’encourager l’emploi en ville. Nous repositionnons des activités de service dans le centre-ville: avoir des salariés en centre-ville, ce sont des gens qui vont déjeuner le midi, faire quelques courses à proximité de leur travail et faire vivre ces espaces. Nous travaillons par ailleurs également sur la présence d’étudiants en centre-ville.

3) Développer des équipements de qualité

Troisième point, il est essentiel pour nous de conserver et de développer des équipements de qualité qui attirent en centre-ville. Vous avez pu voir ce théâtre, qui s’est appuyé sur un des plus beaux héritages de la ville d’avant guerre, mais c’est aussi notre maison des associations, c’est l’ensemble des équipements de la base sous-marine, ce sera dans quelques temps la rénovation, conséquente, de nos halles marchandes, du Paquebot, du cinéma le France, la création d’un lieu jeunesse …

4)  Les lieux de convivialités

Quatrième priorité, c’est faire de l’espace public un espace convivial. Nous avons rénové l’hypercentre, nous engageons une action pour améliorer les places, mettre en cohérence le mobilier urbain, développer les jeux pour les enfants, avoir le souci des façades, la mise en place d’une charte des terrasses, … Nous travaillons également  les liaisons au centre ville comme avec notre projet de front de mer 3 pour offrir demain aux Nazairiens et aux visiteurs un front de mer populaire et festif. C’est là aussi un héritage de la reconstruction : notre ville a parfois placé l’utile avant l’agréable. Après l’opération Ville-port, qui a retourné Saint-Nazaire vers le port et la base, après le début de la requalification du front de mer, nous tissons désormais le fil entre le centre-ville et la mer.

5) Des déplacements facilités

Saint-Nazaire a développé un réseau de transport en commun de grande qualité, avec un bus en site propre, Hélyce qui permet d’améliorer la desserte de la ville. Nous cherchons à conjuger cet encouragement des transports en commun et des circulations douces avec une facilité d’accès au centre ville, avec une attention particulière portée au plan de circulation, à la signalétique, à la réglementation du stationnement pour rendre accès au centre ville lisible et pratique.

6) Animer la ville

Notre dernier axe de travail, c’est l’animation du centre ville. Une visite dans le centre-ville, ce doit être une expérience où l’on est surpris, amusé, où l’on découvre des choses. Nous nous attachons à créer des animations régulière, pour créer des flux tout au long de l’année. Nous avons travaillé sur la localisation de la fête foraine, des animations de Noël, de différentes manifestations en partenariat avec l’association des commerçants pour optimiser le circuit des visiteurs dans les zones commerçantes. Nous travaillons pour renforcer notre attractivité patrimoniale, touristique et culturelle, en renforçant l’identification de nos sites touristiques et  avec le label art et histoire….

Comme vous le voyez, c’est une action à 360° que nous avons lancé en conseil municipal par une délibération cadre il y a un an. Nous sommes conscients que les transformations et le changement d’image de notre ville, à l’extérieur comme parfois dans les perceptions des nazairiens eux-mêmes va prendre du temps. C’est pourquoi nous avons choisi d’agir dans ce plan stratégique, sur des actions et des objectifs de courts, moyens et long termes, pour ancrer cette idée d’une ville en mouvement qui crée et qui entraîne.

Notre vision, c’est celle d’une ville de 80 000 habitants, coeur battant d’une aire urbaine de plus de 210 000 habitants, une des premières de la façade Atlantique, qui allie la douceur de vivre, le plaisir d’être ensemble et de profiter des équipements d’une grande métropole dans un cadre exceptionnel. Je crois qu’au final, cet objectif n’est pas éloignée de l’idée qu’avaient les élus, les architectes qui ont pensé la reconstruction de Saint-Nazaire pour l’avenir d’une ville populaire, alliant qualité de vie et attractivité. Cette fidélité et cette capacité de réinvention permanente m’évoque une phrase de Jaurès qui qui prend tout son sens ici, là où la Loire épouse l’océan. “C‘est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source.”

Laisser un commentaire