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Sous les galets, la laïcité.


publié le 25 août 2016 - Catégories : Egalité femmes-hommes Extrême-droite Laïcité


En cet été 2016, la France glisse de plus en plus vite dans le piège tendu par deux extrémismes, religieux et identitaire qui oeuvrent sur son sol contre la République et qui rêvent d’un face-à-face final, débarrassées des républicains, des démocrates, des laïques.

Une extrême-droite religieuse intégriste islamiste et une extrême-droite nationaliste et raciste. Les deux se nourrissent des avancées et de la peur, du rejet que suscite l’autre.

L’une rêve de dissimuler le corps des femmes, de limiter leurs droits, de les soumettre à un ordre religieux et aux hommes. Elle cherche parfois à retourner les armes du féminisme ou de la laïcité pour faire passer des attributs militants rétrogrades pour des conquêtes libérales. Des islamistes radicaux qui cherchent à vider le principe de laïcité de son sens en la travestissant en une simple égalité de traitement entre les religions, qui ne permettrait pas à l’Etat de décider du fonctionnement libre, sans prosélytisme de ses services publics ou de fixer des règles d’ordres publics dans l’espace commun. Ces islamistes radicaux,  profitent aussi des mauvaises conditions d’exercice du culte de l’Islam arrivé plus récemment en France pour dénoncer auprès d’esprits faibles une laïcité qui ne serait qu’un bras armé contre leur religion.

L’autre ne se soucie de droits des femmes que quand il s’agit de renvoyer les femmes à la maison avec un salaire maternel, de les empêcher d’exercer leur droit à disposer de leur corps en combattant l’IVG. Elle cherche aussi à retourner les slogans laïques ou féministes, tant qu’ils peuvent être hostiles aux musulmans. On voit de prétendus défenseurs de la laïcité cherchant à réduire à chaque fois possible les droits et les libertés des musulmans, réel ou supposés, refusant les lieux de culte, le régime alimentaire, la tenue d’individus majeurs dans l’espace public, sans jamais en exiger autant des chrétiens ou des juifs. Le tout pour se défendre d’une prétendue “invasion”, d’un “remplacement” sans qu’on comprenne jamais clairement s’il est supposé être ethnique ou religieux.

Chacune a à gagner, des recrues, des arguments, des haines et des colères, à la progression de l’autre.

Le terrain est donc glissant, dangereux, parce que ces adversaires de la République et de l’égalité guettent le moindre faux pas des démocrates pour faire basculer le débat dans une hystérisation centrifuge, qui fait éclater le cadre de valeur commun largement accepté et qui permet à une société d’échanger et de vivre ensemble. Qui peut mettre en danger droits et libertés aussi. Et rien n’est pire que de voir des responsables politiques de formations présumées républicaines devenir les idiots utile d’un des deux camps et en définitive des deux.

C’est ce qui se passe à Nice, Cannes et dans d’autres villes. Je me félicite que les maires de droite de notre région, ne montent pas dans cette surenchère dangereuse, j’ai lu avec intérêt les propos des élus baulois.

Le burkini n’est pas neutre , on ne saurait être naifs face à l’espace que cherche à conquérir l’Islam politique. Il est destiné à inscrire la visibilité et l’affirmation religieuse dans des espaces où elle était généralement absente, toujours au détriment des femmes. Mais on peut s’opposer au développement de tels signes ou pratiques sans nécessairement les interdire. La verbalisation de femmes portant un voile et non un burkini révèle d’ailleurs qu’il ne s’agit en réalité que d’une chasse aux musulmans et en rien de la défense de la laïcité.

Parce qu’interdire le port d’un signe religieux, politique, qui ne dissimule pas le visage, faire ôter à une femme, qu’elle soit militante ou non, son foulard, c’est jeter avec l’eau du bain  la liberté de conscience et d’exercice de sa religion. Ces images de Nice sont catastrophiques. Car plus rien n’empêche ensuite de s’en prendre à des musulmans dans d’autres espaces. Car on légitime les tentations de vendettas plus ou moins spontanées. Car on nourrit de façon inespérée pour eux les arguments des islamistes : “tu vois, il n’y est pas possible pour un musulman de vivre tranquillement dans ce pays, rejoins-nous”.

Il faut retrouver le chemin des arguments, de la patiente conviction. De l’inclusion de tous les citoyens dans une république qui tienne sa promesse sociale dans tous les quartiers comme dans tous les villages aussi. On peut combattre sans interdire, faut il encore être convaincant et crédible.

Je doute d’ailleurs que les propos de Nicolas Sarkozy hier soir qui déclarait vouloir interdire “tous les signes religieux dans l’espace public” concernent également les processions catholiques, aux soutanes, aux voiles des religieuses, aux kippas et j’en passe… C’est le spectre de la loi d’exception, discriminatoire qui monte.

Dans notre patrimoine commun, mis en danger, il y a la laïcité telle que la prévoit la loi de 1905 : l’article 1 de la loi  de 1905 dispose : «La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public». C’est mentir de vouloir faire croire qu’un foulard sur une plage ou un burkini est un sujet d’ordre public. C’est justifier les dérapages abjectes, comme celui de ce maire d’une commune corse,  que le Conseil des ministres devrait, comme le droit le lui permet, révoquer, quand il appelle à “expulser définitivement les maghrébins” de villes entières.

Le socle de la laïcité c’est la liberté de conscience de chacun. Liberté individuelle: pas d’inquisition républicaine des consciences. Liberté collective: la liberté d’exercice des cultes, quand les ennemis de la laïcité voulaient alors défendre la religion d’état. Egalité et Fraternité, avec des restrictions identiques entre les cultes et n’obéissant qu’à un seul objectif, l’ordre public. Je n’ai pas vu de chasse aux croix et aux kippas sur ces plages.

C’est un espace public commun, qui fait que les Français sont citoyens à égalité et construisent une nation ensemble, quelles que soient leurs croyances.

La loi de 1905, loi de séparation des Eglises et de l’Etat ne consiste pas à rejeter les religions hors de l’espace et du débat public. La formule « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » ne veut pas dire que l’État n’a rien à voir ni à faire avec les cultes, mais qu’il ne leur accorde aucun droits particulier ou spécifiques, ni de statut public particulier, qu’il refuse de faire de la religion une source du droit.

C’est la séparation du spirituel et du temporel, pas la négation du spirituel. C’est la neutralité des fonctionnaires dans le service public, pas l’interdiction de la croyance des citoyens. C’est le refus de la prééminence du religieux, pas de son existence.

Nous avons deux extrême-droite à combattre. Il nous faut être aussi impitoyables contre les discriminations que contre les fanatiques et être précis dans nos combats. Si nous nous divisons à chaque fois, l’espace des républicains continuera à reculer comme il le fait depuis 20 ans. La pente est glissante.

 

Un commentaire - “Sous les galets, la laïcité.

  1. Très beau texte, comment peut on avoir une si belle vision des choses et demander au gens de suivre des Valls, des Macron et autres Hollande…je me pose souvent cette question, qu’est ce qu’ils savent que nous ignorons ?

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