Affaire Benalla : l’arbitraire abime la République.


Ce qui me frappe le plus dans cette affaire Benalla est ce qu’elle révèle de la nature du régime macroniste.

Quelques mots sur les faits d’abord : nous ne sommes pas dans un « fait divers » ou dans une affaire banale à partir du moment où il apparaît que M. Benalla a été délibérément protégé à l’Elysée suite à des faits de violences inacceptables, et qui n’étaient visiblement pas les premières, sous couvert d’une fausse qualité de policier.

Les mensonges d’Etat au plus haut niveau se sont succédés maladroitement pour couvrir les faits, mais aussi pour dissimuler le niveau hallucinant de responsabilité et les projets portés par M. Benalla. Accès à l’Assemblée, demandes d’écoutes, ordres donnés à des policiers, projet de modification de l’organisation sécurité du président, tentative de nomination au rang de sous-préfet… On est abasourdi de lire tout cela et de constater que l’homme a continué à être présent sur des événements de premier plan après les pseudo-sanctions annoncées lors de la sortie de l’affaire.

Dès lors de deux choses l’une, dont je ne sais pas laquelle serait la plus grave. Ou bien M. Benalla a été protégé pour des raisons inconnues, qui font qu’il a été en position de « tenir » M. Macron, ou bien cette présidence est capable de confier à des personnes manifestement incompétentes des niveaux de responsabilités dangereux pour la République.

Parce qu’on ne peut pas être compétent pour s’occuper de questions de sécurité au plus haut niveau quand on fait joujou au gros bras avec des journalistes ou en tabassant des manifestants.

Parce que la police ne doit jamais devenir une milice au service d’un clan.

Parce qu’on ne mérite pas de servir la République quand on confond ses fonctions avec son engagement partisan.

Parce qu’on est là pour servir et pas pour se servir.

C’est là que la responsabilité du président de la République est engagée. C’est à lui de faire appliquer la constitution. Il est garant de certains équilibres. La cinquième République lui donne déjà les coudées très franches dans le rapport entre les pouvoirs. Emmanuel Macron a montré le pire de ce point de vue.

Qu’une personne abuse des prérogatives qui lui sont données et trompe son monde peut arriver. A tout les niveaux. La responsabilité de sa hiérarchie quand la réalité de faits illégaux est manifeste est de faire cesser cette situation. Cela n’a pas été le cas, pire, la poussière a été mise sous le tapis, au mépris de la responsabilité, de l’éthique, de la séparation des pouvoirs et dans une confusion absolue des rôles entre l’administration et le politique. Cette séparation est indispensable, parce que l’histoire nous a appris que le politique est toujours tenté d’abuser de ses prérogatives et qu’une administration qui conserve une stabilité et qui garantit la continuité de l’Etat est de ce point de vue une protection des droits et libertés.

Lorsque nous étions arrivé au responsabilités en 2012, j’ai été témoin et actrice, en devenant cheffe de cabinet en ministère, de l’attention que nous portions au rapport à l’Etat, contre les risques de dérives claniques ou dans le rapport aux moyens auquel ces fonctions donnent accès.

Nous sortions des dérives des années Sarkozy, nous avons mis en place de nombreux protocoles et les affaires qui eurent lieu malgré cette attention, furent réglées fermement et rapidement, sans que la main du président ne tremble. Elles restent malgré cela des meurtrissures.  Je me souviens des réunions sur le sujet à Matignon, du discours tenu par notre ministre, d’une certaine idée de la pratique de l’Etat. D’un Etat qui n’était pas notre propriété. Nous n’étions pas « chez nous », mais des serviteurs. Nous étions en cela des militants, nous portions cela dans nos parcours, dans notre engagement, dans nos combats.

L’histoire de l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, née de trahisons et de dissimulations, de ralliements opportunistes et de débauchages, ne le porte pas à s’inscrire dans cet héritage. Pire, ses projets politiques l’en éloignent.

Quand on met en place la protection du secret des affaires, on affaiblit les lanceurs d’alertes et le travail de la presse.

Quand on détricote le statut des fonctionnaires à tous les niveaux, on facilite l’alignement des administrations et de l’Etat sur le pouvoir politique, avec tous les risques que cela comporte en termes d’abus de pouvoir.

Quand on sélectionne les candidats à la députation sur casting en leur demandant un blanc-seing, quand on prépare une réforme constitutionnelle qui va réduire le nombre des parlementaires, on affaiblit le pouvoir législatif qui n’avait déjà pas besoin de cela dans notre pays.

La République n’est pas un conseil d’administration privé au service de l’intérêt d’un clan, fût-il celui du président.

M. Macron serait bien inspiré de s’en rappeler.

2 comments on “Affaire Benalla : l’arbitraire abime la République.

  1. 23 juillet 2018 Yannick Rialland

    Je ne partage pas votre analyse, c’est un fait divers relaté par le journal le monde qui a fait son travail d’information et la justice doit enquêter
    Mais une affaire d’état, je ne comprend pas , dans le monde qui nous entoure, la majorité des peuples envient notre démocratie et notre liberté . Des journalistes et des manifestants dans le monde mettent en danger leur vie pour dénoncer les injustices
    Je me suis engagé au parti socialiste en 1975 suite à un voyage au Vietnam en 1972 pour apporter ma pierre pour faire évoluer notre société vers plus de justice de liberté de partage sans tomber dans le communisme
    Mais aujourd’hui je constate que l’action politique n’est plus le désir d’avancer des idées, de les faire partager mais de faire du bruit autour d’affaire pour détruire ,pour prendre la place
    Je constate qu’ un syndicat comme la Cfdt apporte plus d’idees aux debats sur l’évolution de la société
    Je constate qu’une association comme Que choisir par ses études sur les banques et autres thèmes est plus efficace pour faire évoluer
    Ce qui a manqué à la gauche avec tous les pouvoirs en 2012 c’est l’efficacité et la compétence
    La renaissance ,ce n’est pas destruction mais la construction d’un projet
    Yannick Rialland

    Répondre
  2. 26 juillet 2018 chasserieau

    Je suis d’accord avec vous… Il y a danger d’ une police parallèle, même publique et surtout quelle ne soit pas privée!!! Le président se met peut être, en danger…trop de confiance en un seul homme!!! attention!!!

    Répondre

Laisser un commentaire